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 Effet papillon - Léo (2)

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Normal people scares me


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Swato
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Date d'inscription : 08/08/2013

MessageSujet: Effet papillon - Léo (2)   Dim 9 Déc - 23:12

Fandom: Original
Prompt: ça va les chevilles ?



LEO




Les rues étroites rendaient sa progression compliquée et sa jambe ne lui facilitait pas la tâche non plus. Léo regrettait d'avoir oublié sa cane à l'appartement, même s'il pouvait s'en passer pendant une journée, elle lui donnait une certaine prestance pendant les procès. Maintenant, il devrait se battre deux fois plus pour se départir de l'image de l'avocat gay et boiteux par dessus le marché. Léo réajusta la lanière de sa sacoche sur son épaule et resserra son bras autour du dossier gigantesque qu'il tenait précieusement contre son torse.
— Regarde la pédale avec ses jolis bijoux, ricana quelqu'un.

Un élan de colère se fraya un chemin dans l'estomac de Léo, il se détourna une seconde pour fusiller la dame qui venait de se moquer de lui sans avoir la décence de baisser la voix et grimaça en bousculant une personne. Il se rattrapa maladroitement sur sa mauvaise jambe mais ne put éviter de perdre sa prise sur son dossier. Les feuilles glissèrent et s'éparpillèrent aux quatre vents autour d'eux, le portable de l'inconnu s'écrasa au sol et ils se retrouvèrent au beau milieu d'une joyeuse pagaille. Pile ce dont Léo avait besoin alors qu'il était en retard pour son audience. En serrant les dents, il se pencha en même temps que l'homme pour tout ramasser.
— Désolé, je ne vous avais pas vu, marmonna Léo.

L'inconnu secoua la tête distraitement en rassemblant ses feuilles. Les épaules de Léo se crispèrent rien qu'en le voyant mettre la main sur les documents originaux qu'il avait eut tant de mal à glaner.
— Tenez.

Léo se retint de lui retirer sèchement les papiers des mains. Il remit correctement les documents à leurs places et se releva pour poursuivre son chemin en regardant bien devant lui cette fois-ci, tant pis pour les homophobes et leurs remarques stupides.
Comme il fallait s'en douter, il fut en retard. Heureusement pour lui, le juge l'était également. Léo se glissa dans le box de la défense sans même tenter d'être discret. D'abord parce que son costume couleur aubergine ne passait jamais inaperçu et ensuite parce que sa réputation le précédait toujours d'une bonne longueur. Les yeux des curieux le survolaient rarement, ils le fixaient. On finissait par s'y faire. Avec un peu d’entraînement. Et Léo était assujetti à ce genre de regards depuis qu'il avait réussi l'examen du barreau avec succès cinq ans auparavant, il avait l'habitude.
— J'ai failli attendre, grinça sa cliente.
— Ce sont toujours les gens importants qui arrivent en dernier, répondit-il avec un clin d’œil.

Sa cliente, Présidente d'une entreprise de produits cosmétique pour homme, à la tête d'une dynastie qui valait des millions, lui décocha une œillade meurtrière et fit cliquer son critérium avec son pouce frénétiquement. Léo déballa ses documents devant lui en piles organisées, il relut rapidement ses notes et jeta un regard vers le box de la partie civile. L'avocat adverse était impassible voir austère, mais son client ne l'était pas. Un petit sourire satisfait flottait sur les lèvres du représentant du syndicat des consommateurs, ce qui n'augurait rien de bon pour Léo. Ils avaient un plan, il allait jouer sur le fil du rasoir. Il prit une inspiration, massa sa jambe endolorie et embrassa la salle du regard.
— Mesdames et Messieurs, la Cour !

Léo cligna des yeux et se leva en même temps que les autres tandis que les juges entraient, royaux. Le cirque commença. Quelques témoins furent appelés à la barre, l'avocat de la partie civile fit bien son travail. Bien. Mais dans un tribunal, bien n'était jamais assez. Léo démonta chaque témoignage efficacement, choisissant prudemment et adroitement chacun de ses mots. S'il était connu pour quelque chose, c'était bel et bien ses contre-attaques et son habileté à faire planer le doute. Parfois, le doute suffisait à lui faire gagner une affaire, à obtenir un non-lieu, un arrangement à l'amiable.
— Madame le juge, j'aimerais apporter à votre connaissance l'existence d'un...

Léo s'interrompit et étala les documents devant ses yeux, sa gorge se noua. Son cœur battit sourdement contre ses cotes, il n'en montra rien. Il s'éclaircit la voix et prit une gorgée d'eau pour se donner du temps et pour reprendre contenance. Merde, jura-t-il intérieurement. Merde, merde, merde.
— Maillard, nous n'avons pas la journée, le réprimanda le juge.

La seule feuille qu'il ne devait pas perdre. Cette foutue bousculade avec le passant. Léo se repassa la scène. Est-ce que la feuille s'était envolée ? Est-ce que l'inconnu l'avait prise ? Est-ce que ce dernier travaillait pour la partie civile ?
— Maillard, l'avertit le juge.
— Oui, pardon, dit-il distraitement. J'ai terminé.

Léo se rassit négligemment sur sa chaise. A coté de lui, sa cliente fulmina et lui siffla en un murmure :
— Qu'est-ce que vous fichez, je croyais que vous aviez un argument en béton pour nous faire gagner ?
— Baissez d'un cran, ça vous donne l'air coupable, chuchota-t-il en réponse.

Sa cliente se redressa et lui ficha enfin la paix. Léo fit le calcul mentalement. Le syndicat des consommateurs les attaquait pour mise sur le marché d'un produit dangereux. Sa cliente était-elle réellement coupable ? Léo avait ses suspicions. Mais il n'était pas payé pour avoir des soupçons, il était payé pour la défendre. Le document qu'il devait fournir en pièces à convictions était une étude complète sur l'état de santé des personnes ayant développés des irritations ou brûlures à la suite de l'utilisation du produit. Chaque personne avait un petit soucis, ce qui aurait pu faire croître la méfiance des jurés envers la partie civile et faire pencher la balance en leurs faveurs. Sans ça, Léo n'avait pas de preuves sur lesquelles se baser, juste ses questions orientées posées aux spécialistes appelés à la barre. Pas bon du tout.
L'heure des plaidoiries arriva, Léo gribouilla chaque argument avancé par son adversaire pour être sûr de les contrecarrer dans son propre discours. Puis ce fut son tour. Léo inspira, posa ses mains à plat sur la table et examina les bagues à ses doigts, celles qui lui valaient quelques remarques. Il s'était battu pour arriver jusque là, il n'allait pas se dégonfler. Léo se leva et entra dans l'arène.
— Mesdames et Messieurs les membres du jury, commença-t-il.

Léo se tourna vers l'avocat de la partie civile et lui fit un signe de tête :
— Cher contradicteur, salua-t-il. Je me tiens devant vous pour défendre une femme au passé difficile, qui a surmonté les obstacles et a du prouver à sa famille entière qu'elle était digne de gérer une entreprise à la place de son propre frère, qui a encaissé la misogynie de son milieu et l'a transformé en une remarquable force.

Après avoir fait appel à leur émotivité, Léo se lança dans la déconstruction des témoignages. Qui n'avait jamais eut au cours de sa vie une irritation sans réellement en trouver la cause ? Les spécialistes n'avaient pas pu affirmer de façon formelle que le produit était à l'origine des démangeaisons ou des brûlures, pourquoi rejeter la faute sur...
— … une honnête femme qui a travaillé toute sa vie au bien être de la gente masculine ? Qui a développé produits après produits pour s'assurer qu'ils aient accès aux mêmes privilèges cosmétiques que les femmes ? Qui a investi...

Léo fit semblant de vérifier le chiffre dans ses papiers.
— Deux milles euros dans la recherche et dans le développement de ses produits, qui a fait appel à des laboratoires experts, qui a fait tous les tests requis et plus encore ?

Après être retourné au milieu de la salle, Léo fit tourner une bague sur son doigt et jeta un coup d’œil aux jurés. Il prit un pari dangereux et continua :
— Vous savez ce que je pense ? Je pense que ma cliente est accusée pour une seule raison. La suivante : C'est une femme qui gère une compagnie dont les produits sont destinés aux hommes.

Léo écarta les mains :
— Qu'est-ce qu'une femme peut bien connaître des besoins des hommes, pas vrai ? Si ces hommes ont eut des irritations et des démangeaisons, c'est forcément parce qu'elle n'a aucune idée de ce qu'elle fait. Je vais vous dire une chose. Ça ressemble beaucoup à ce qu'on m'a dit quand je me suis présenté à l'examen du barreau. Un avocat gay ? Pour quoi faire !? Alors qu'est-ce qu'on fait avec les gens qui nous dérangent ? On les mets sur le banc de touche !

Léo secoua la tête avec un petit sourire triste et maintint le contact visuel avec quelques jurés.
— Je suis là, je ne me suis pas laissé faire. Et Francine Germain ne veut pas se laisser faire non plus et pour ça, elle a besoin d'aide. De votre aide. Prouvez-nous qu'on ne met pas de coté une personne responsable et honnête juste parce qu'elle n'a pas la tête ou le sexe de l'emploi.

Le juge et les jurés se retirèrent pour délibérer, Léo défit un bouton de sa chemise.
— La carte de la misogynie, vraiment ?

Léo tourna la tête et plaqua un sourire sur ses lèvres. L'avocat de la partie civile haussa un sourcils, les mains dans les poches, le regard condescendant et sûr de lui.
— Pourquoi pas ? Répliqua Léo.
— Parce que c'est téléphoné et que ça prouve que vous n'avez pas d'autres arguments.

Léo renifla avec amusement et rassembla ses feuilles en une pile net avant de planter ses yeux dans ceux de l'avocat.
— Vous savez, ce n'est pas parce qu'on en parle plus aujourd'hui que la misogynie a cessé d'exister.
— Ou l'homophobie ? Émit-il.

Le sang de Léo bouillonna, son sourire s’agrandit, il lui fit un clin d’œil :
— Ne me taquinez pas, je pourrais prendre ça comme une invitation.

Sa boutade eut le don de mettre l'avocat mal à l'aise, ce dernier tourna les talons et retourna dans son propre box. Léo cessa aussitôt de sourire et leva les yeux au ciel :
— Connard, grommela-t-il.

Soudain, sa cliente posa une main sur son bras et serra jusqu'à le faire grimacer.
— Si on perds, vous allez regretter jusqu'à votre naissance, le menaça-t-elle.
— Vous êtes tellement charmante que je me surprends presque à espérer la défaite, dit-il laconiquement.

Léo baissa les yeux sur la main de sa cliente de manière significative jusqu'à ce qu'elle comprenne le message et la retire. Il épousseta sa manche rien que pour la faire enrager. Le délibéré prit un certain temps, Léo s'était affalé sur sa chaise, berçant son verre d'eau contre son torse, lorsque les membres de la Cour refirent leur apparition.
— Les jurés sont parvenus à un verdict ?
— Oui, Madame le Juge. Pour le chef d'accusation de mise sur le marché de produits dangereux, nous, les membres du jury, déclarons l'accusé coupable, pour les chefs d'accusation de...

Léo n'écouta pas le reste. Avec un petit sourire d'autodérision, il baissa la tête sur ses documents. Fichue bousculade, fichu passant.
— Je vais vous le faire payer, siffla Madame Germain, furieuse.


**


Et Madame Germain tint parole. Ayant perdu le plus gros contrat de la boîte depuis dix ans, Léo fut renvoyé. Il saisit les prud'hommes et perdit son procès. Après ça, personne ne voulut se risquer à l'employer, à la fois parce qu'il s'était retourné contre sa propre entreprise pour l'avoir viré et à la fois parce que... Un avocat gay à la réputation ruinée ? Pour quoi faire ?





LEO




Son bureau débordait de dossiers et sa collègue en rajouta un par dessus la pile. Léo grogna et se renversa en arrière dans son fauteuil avant de se redresser et de secouer la tête :
— Non, non, non. Tu reprends ce dossier, Yasmina, tout de suite.
— Pardon ? Demanda innocemment sa collègue.

Les yeux écarquillés entre panique et burn out, Léo montra la charge de travail qui s'amassait sur son bureau au fil des heures.
— Je ne suis pas Joséphine ange gardien, je ne m'occupe pas d'un millier d'affaires en claquant des doigts moi !!
— C'est parce que tu es trop perfectionniste et pointilleux, je suis sûre que je pourrais en faire cinq en une heure.
— Nous n'avons pas les mêmes valeurs, rétorqua-t-il en examinant ses ongles vernis avec une indifférence feinte.

Yasmina haussa un sourcil et posa une main sur sa hanche dans l'encadrement de la porte, blasée.
— Sérieux, tu te compares à des rillettes, mec. C'est triste, il va falloir faire quelque chose, tu regardes trop la télé.

Léo soupira et ouvrit le dossier qu'elle venait de déposer devant lui. Il secoua la tête en lisant les premières phrases et souffla en relevant les yeux vers elle :
— Pourquoi tu me donnes des cas de sans papiers ? Je ne peux rien faire pour... Nour Zaidi, termina-t-il après avoir lu son nom sur la demande d'expulsion.

Yasmina fronça les sourcils et revint pour lire le dossier à coté de lui. La demande d'asile avait été refusé. Yasmina lui lança un drôle de sourire et lui fit les yeux doux.
— Je pensais que tu pourrais faire appel de la décision. Je crois que si c'est toi qui le fait, ça fera pencher la balance...
— Parce que je suis doué ? Sourit-il.
— Oui...

Yasmina se mordit la langue avec espièglerie :
— Et parce que le fait que tu es gay touche les gens, surtout quand il s'agit de défendre les minorités, termina-t-elle.

Léo repoussa fermement le dossier :
— Non.
— Mais Léo..., protesta Yasmina.
— Non, répéta-t-il. J'ai déjà joué avec ça et je ne le ferai plus jamais. Tu n'as qu'à donner son cas à Karine, elle sera excellente.

Yasmina soupira, tenta une fois de plus de le faire chavirer avec ses yeux de cocker anglais mais se résigna en reconnaissant son échec. Elle allait partir lorsque la dite Karine passa la porte de son bureau tel un ouragan, l'air pressée et échevelée dans son tailleur trop grand et ses lunettes à grosses montures.
— Laisse tomber tout ça, j'ai une affaire pour toi en pro bono, tu ne vas pas en revenir.

Léo fronça les sourcils et échangea un regard perplexe avec Yasmina en se redressant dans son siège. Karine lissa les plis de sa jupe bleu marine, repoussa ses lunettes sur l’arrête de son nez et prit une grande inspiration.
— Je ne sais pas si tu t'es tenu au courant après ce qui s'est passé il y a trois ans mais... Francine Germain est morte.

Après avoir croisé les bras sur son torse, Léo pencha la tête sur le coté :
— Ça fait un ans, ouais je sais... Un choc anaphylactique après avoir utilisé l'une de ses propres crèmes, tu parles d'une ironie après le procès ! Bien sûr que je suis au courant.

Léo s'était aussi senti moins coupable d'avoir perdu son procès après ça puisque Madame Germain avait bel et bien mis sur le marché des produits dangereux. La confusion le rattrapa, il examina Karine de la tête aux pieds :
— Pro bono ? Répéta-t-il.

Karine hocha la tête lentement avant de sortir mystérieusement un CD des plis de sa robe.
— Oui, parce qu'apparemment ce n'était pas un accident mais un meurtre. Je dois te montrer quelque chose...

Avec empressement, Léo prit le CD et le mit dans le lecteur de son ordinateur tandis que Yasmina et Karine faisaient le tour du bureau pour regarder avec lui. Une vidéo se lança sans qu'il n'ait besoin de faire quoi que ce soit. Un homme était enchaîné à la grille des laboratoires Germain avec une pancarte où s'étalait en gros les mots « STOP AUX ANIMAUX COBAYES ». Devant lui, des journalistes le prenaient en photo, d'autres lui tendaient un micro. Puis une seconde plus tard, une voiture aux vitres tintées fit son apparition et Madame Germain elle-même en descendit équipée de lunettes de soleil. Elle ignora royalement l'homme enchaîné aux grilles pour continuer jusqu'à la porte de l'entrée principale.
— C'est quoi ce délire ? Marmonna Léo.
— Chut ! Le coupa Karine.

Les joues de l'homme à l'écran virèrent au cramoisie, il tourna brusquement la tête vers Madame Germain et cria :
— Le karma va vous revenir en pleine figure, on ne martyrise pas des animaux sans finir par payer et vous payerez au centuple, Madame Germain !

La vidéo se termina sur ces paroles. Lentement, Léo se tourna vers Karine :
— C'est tout ? Tu veux me dire qu'ils accusent ce type de meurtre parce qu'il a dit ça ?
— Germain est morte le soir-même, la porte de son bureau a été fracturé... Et il a déjà été jugé coupable en fait. Parce que son alibi était bancal et qu'il s'est contredit plusieurs fois en racontant où il était au moment du meurtre... Bon, il avait aussi un avocat de merde, concéda Karine.
— C'est quand même léger pour l'inculper, non ? Fit remarquer Yasmina.

Léo repoussa son ordinateur et fronça le nez :
— Tu veux que je le défende ? C'est une très mauvaise idée, Karine. Le procès Germain est connu du public et de toute la profession, si je me lance là-dedans, ça va faire un tollé et ça va relancer le débat alors que les gens commencent tout juste à oublier mon existence.

Karine leva les mains au ciel :
— Mais justement ! Si tu veux retrouver ta réputation d'avant, voir une réputation meilleure que celle d'avant, tu dois le faire ! Et puis... Ce n'est pas vraiment moi qui t'aies obtenu l'affaire, c'est le client lui-même qui t'as demandé.

Alors là, ça n'avait plus aucun sens. Léo cligna des yeux et observa Karine pour voir si elle lui mentait. Mais elle paraissait tout ce qu'il y avait de plus sincère.
— Sérieusement ? Insista-t-il.
— Oui. Alors ? Tu prends ?

Ce n'était pas prudent. Les rumeurs commençaient tout juste à s'éteindre, repartir dans un procès où Germain était impliqué... C'était une très mauvaise idée. Léo glissa un regard vers Yasmine. Cette dernière lui fit les gros yeux, hocha la tête longuement en donnant un coup de menton vers Karine en prononçant silencieusement les mots « Dis oui ! ». Il fit tourner pensivement les bagues à ses doigts et se revit trois ans auparavant, au pic de sa carrière, prêt à plaider des affaires incroyables. Et il se vit aujourd'hui, dans un bureau, à régler à l'amiable, avec une pile de dossier et pas vraiment d'enjeux, pas de suspens... Léo soupira :
— D'accord.


**


Le miroir lui renvoya son reflet, Léo lissa la cravate qui disparaissait sous son veston et s'examina gravement sous toutes les coutures. Son costume avait trois ans, il ne l'avait jamais remis depuis le procès Germain mais aujourd'hui... Quelque chose l'avait poussé à le ressortir de sa garde robe. Le costume trois pièces n'avait pas bougé d'un poils, toujours aussi bien taillé, toujours parfaitement à sa taille. La couleur aubergine faisait ressortir le vert de ses yeux et atténuait légèrement la dureté de ses traits. La seule chose qui différenciait aujourd'hui d'il y a trois ans se constituait d'un tout petit détail : ses cheveux avaient poussé et il n'avait pas eut les moyens d'aller chez le coiffeur ce mois-ci. Ils retombaient sur son front en une masse noire qu'il s'était résigné à dompter, ils l'avaient eu à l'usure.
Disparu, l'avocat tiré à quatre épingles. Bonjour, épis sur le crâne à des endroits aussi improbables que ridicules. Léo souffla, leva les yeux au ciel à sa propre réflexion, enfila ses bagues, prit sa sacoche ainsi que sa cane et sortit. La sonnerie de son portable fit des siennes, il décrocha sans regarder le numéro affiché et le regretta dans la seconde quand il entendit la voix à l'autre bout du fil :
— Léonard ?

Léo s'appuya plus lourdement contre sa cane et s'arrêta dans ses pas. Il prit une grande inspiration, plaqua un sourire sur son visage :
— Maman, dit-il, faussement jovial. Que me vaut le plaisir ?
— Est-ce que tu as des nouvelles d'Arthur ?

Pas de « Comment ça va ? », même pas de « bonjour ». Léo mit son kit main libre et rangea son portable dans sa poche, elle ne valait même pas la peine qu'il s’embarrasse à jongler entre sa cane et son téléphone.
— En quoi ça te regarde ?

Un souffle agacé grésilla à ses oreilles :
— C'est bon. Je te demande pas la lune, juste de me dire si tu as des nouvelles de ton frère ! Je m'inquiète pour lui.
— Ah, tiens. Ça fait plaisir de savoir que tu t'inquiètes au moins pour l'un d'entre nous, je commençais à me demander si tu te souvenais que tu avais une descendance.
— Ne commence pas, Léonard !
— Mais je ne commence pas, j'ai fini.

Léo prit un malin plaisir à lui raccrocher au nez. Juste par acquis de conscience, il envoya un message à son frère pour lui demander si tout allait bien. Il lui parlait souvent au cours de la semaine mais si leur génitrice « s'inquiétait » peut-être qu'il y avait de quoi se poser des questions. Le bruit régulier de sa cane heurtant le bitume apaisa ses nerfs et il se perdit dans le rythme jusqu'à la rame de métro. Quelques flocons étaient tombés dans les rues ce matin et des traces blanches persistaient sur les routes malgré la circulation et la pollution. La chute des températures avait tendance à réveiller la douleur de sa mauvaise jambe, il n'était pas pressé que l'hiver s'installe pour de bon et redoutait le moment où le thermomètre virerait au négatif.
Il arriva juste à temps pour attraper le métro et se laissa porter jusqu'au terminus avant de reprendre sa marche. Vingt minutes plus tard, il se retrouva face à un établissement pénitencier dans lequel il n'avait jamais mis les pieds. A l'entrée, il présenta sa carte d'identité accompagnée de sa carte professionnelle et un surveillant pénitencier le fit patienter le temps de deux ou trois vérifications.
— C'est bon, venez.

Léo soupira de soulagement. Cette visite pénitencier allait lui faire perdre une bonne partie de la matinée et il avait autre chose à faire de sa journée que de patienter dans des couloirs sinistres. A l'entrée de la salle d'entretien, le surveillant l'arrêta et tendit la main vers sa cane.
— Vraiment ? S'étonna Léo.
— C'est la procédure...

Avec un grognement, Léo lui céda sa cane. La porte s'ouvrit et il boitilla à l'intérieur. Un homme attendait déjà, assit à la table métallisée. La curiosité prit le pas sur sa mauvaise humeur et Léo s'avança pour dévisager le suspect du meurtre de Francine Germain. De premier abord, il avait le look de l'emploi. Des cheveux longs attachés sommairement derrière sa nuque, une barbe qui aurait fait pâlir d'envie le plus sauvage des biker, une carrure d'armoire à glace et de grandes mains empêtrées dans une paire de menottes.
— Monsieur Martin, salua-t-il.

Le dit Monsieur Martin tourna la tête vers lui et grimaça.
— Juste Antoine, ça ira.

La voix grave et modulée fut une autre surprise, Léo ne se souvenait pas d'avoir entendu cette tonalité dans l'enregistrement que lui avait montré Karine. Précautionneusement, il s'assit en face du supposé criminel. Monsieur Martin le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il soit installé.
— Je ne sais pas si on vous a tenu au jus, mais je suis votre nouvel avocat.
— Monsieur Maillard, acquiesça-t-il. J'ai entendu votre plaidoirie pendant le procès Germain, j'ai été impressionné.

Un petit rire surpris échappa à Léo :
— Vous étiez bien le seul.

Martin haussa les sourcils. Nerveux malgré lui, Léo s'éclaircit la gorge et sortit quelques feuilles de sa sacoche.
— Avant qu'on n'attaque le vif du sujet en définissant une ligne de conduite pour votre défense, j'aimerais que vous remplissiez ce papier, c'est une demande pour votre remise en liberté jusqu'à la date du procès.
— Pardon ? S'étonna Martin.
— Monsieur Martin...
— Antoine, corrigea l'homme.

Léo fronça le nez et releva la tête de ses papiers. Son regard tomba dans les yeux marrons de son client et il se résigna avec réticence :
— Antoine... Votre avocat précédent a vraiment fait du mauvais travail et ça n'aide pas votre cas aujourd'hui. Mais ils n'ont pas assez d’éléments contre vous qui nécessitent que vous soyez en prison jusqu'à votre appel.

Monsieur Martin haussa une épaule avec nonchalance :
— Ça fait un peu plus d'un an que je suis en prison, quelques mois n'y changeront rien...
— Je ne suis pas d'accord. Après tout, il a suffit d'une journée pour ruiner ma carrière.

Un silence inconfortable s'étira en longueur. Monsieur Martin finit par prendre le stylo que Léo avait poussé dans sa direction en même temps que la demande de remise en liberté. Le griffonnement fut la seule chose audible pendant une longue minute. Martin lui remit le papier, Léo la rangea dans sa sacoche.
— Bon, on en arrive à la partie que je préfère. Heureusement pour vous, je suis déjà renseigné sur les affaires de Francine Germain, j'ai quelques détails croustillants sur sa société. Et malgré ce qui se dit sur ma réputation, je suis très doué dans ce que je fais.
— Ça va, vos chevilles ? Se moqua Martin.

Léo renifla avec amusement, réajusta les manchettes de son costume et se mit au travail.




A suivre...

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