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 Original - pas de spoil - Nasir (1)

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Swato
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Date d'inscription : 08/08/2013

MessageSujet: Original - pas de spoil - Nasir (1)   Sam 2 Juin - 20:42

Fandom: Original
Prompt: J'arrive !
Note:... Je sais pas encore où elle me mène cette histoire.... Bonne lecture quand même !
J'ai commencé à écrire pour le marathon à partir de "Le lendemain, Nasir n'a pas la « chance » de profiter de sa gueule de bois" mais je vous ai tout mis pour que vous compreniez ce qui se passe >< (pour ceux qui lisent)





NASIR





— Tu vas recevoir un mail tous les vendredis matin avec une liste en pièce jointe. Tu achètes ce qu'il y a sur la liste dans le magasin indiqué avec ta carte, tu vas à l'adresse à 16h, tu déposes le sac avec le ticket de caisse devant la porte, tu sonnes et tu t'en vas.

La voix de sa sœur résonne encore à ses oreilles, ses yeux survolent la liste, il n'a rien oublié. Ses doigts se resserrent sur le sachet plastique, un coup d’œil à l'intérieur lui fait froncer les sourcils. Des pommes, des oranges, des pâtes, des œufs... Une course simple.

— C'est ça ton job facile ? Je fais les courses d'une vieille dame ou quoi ? Lui avait-il demandé.

Rosarita lui avait donné un coup de poing à l'épaule qui l'avait fait grimacer :
— Pose pas de questions et suis les instructions à la lettre, tu me remerciera plus tard.

L'adresse le mène devant un building ordinaire, des mauvaises herbes poussent entre les dalles et les bancs sont squattés par des jeunes et des moins jeunes. Ici, le teint basané de Nasir ne fait pas sourciller les passants, c'est un quartier normal. Après avoir bossé comme ramasseurs de feuilles dans les piscines des maisons de riches, passer inaperçu est comme une brise en plein cagnard. Nasir grimpe une flopée de marches, enchaîne les paliers, cherche jusqu'à atterrir devant le numéro 542B. Porte verte, la peinture s'écaillent sur les bords, peut-être la maison d'une mémé incapable de descendre la centaine de marches pour s'approvisionner. Nasir pose le sachet devant, sonne et est tenté de rester. Mais les instructions disent de sonner et de s'en aller tout de suite après. Malgré sa curiosité, il obéit et redescend les escaliers.
Premier jour de travail, tout s'est passé comme sur des roulettes.


La porte claque, Nasir jette ses clefs dans le plat à l'entrée, pend sa veste au porte-manteau et traverse le couloir...
— Chaussures ! Crie sa mère.

Roulant des yeux, il fait demi-tour et enlève ses chaussures avant d'aller à la cuisine où sa mère est absorbée par la télévision. Nasir exagère son sourire et se penche pour l'embrasser sur la joue :
— Bonsoir à toi aussi.

Après lui avoir accordé un sourire, sa mère se replonge dans son émission. Nasir pique un croissant dans le sac papier sur la table et poursuit sa route avant qu'elle ne puisse lui taper sur les doigts. Dans le couloir, il croise Rosarita.
— Alors ? Demande-t-elle.
— Alors rien, dit-il en haussant une épaule.
— Comment ça rien ?
— C'est le boulot le plus facile que j'ai jamais eut, j'ai pas d'anecdotes croustillantes à raconter, Rosa !

Avec un geste vague de la main, Rosarita balaye ses mots.
— De rien, d'ailleurs, tu sais que j'adore te trouver du travail.
— Merci, marmonne-t-il.
— Comme je suis un génie, je te laisserai me tresser les cheveux quand j'aurais fini de tresser les tiens, le taquine-t-elle avec un sourire en coin.
— Je suis gay, pas coiffeur.
— C'est pareil !

La logique de sa sœur lui échappe. Nasir s'apprête à rétorquer lorsqu'ils se rendent tous les deux compte qu'ils ont un public. De la petite chambre à droite, leur père les observe, le regard fixe et sérieux. Rosarita fronce le nez avec une œillade désolée et s'en va comme s'il y avait le feu au lac. Les mains soudainement moites, Nasir s'éclaircit la gorge, avance maladroitement de quelques pas pour s'appuyer contre le chambranle et met un moment avant d'oser croiser les yeux de son père.
— Ya abbi..., l'appelle-t-il avec hésitation.

Comme s'il l'avait électrocuté, son père se détourne en serrant les dents. C'est comme un coup de poing à l'estomac.
— Papa, insiste-t-il.

Mais rien. Les yeux de son père sont rivés sur le livre tenu mollement entre ses mains, des rides obstinées déforment le coin de sa bouche. Blessé d'être ignoré, Nasir soupire, referme la porte et va dans sa chambre. Quand Rosarita débarque avec un peigne et qu'elle commence à tresser ses cheveux pour dégager son visage, il ne trouve même pas le courage de râler. Le silence entre eux est confortable, quoi qu'un peu mélancolique. Rosarita repose fermement le peigne sur le lit.
— On sort ce soir, décide-t-elle.
— J'ai pas vraiment la tête à sortir, grogne-t-il.
— Mais si, tu vas voir ! Ça va nous changer les idées !

Nasir refuse. Du moins il essaye. A cours d'arguments, Rosarita lui vole son portable et le maintient hors de sa portée lorsqu'il se bat pour le récupérer. Rapide et glissante comme une anguille, sa sœur se précipite hors de la chambre et s'enferme dans la salle de bain avec un rire de hyène.
— J'écris un SMS à tous tes contacts !! s'exclame-t-elle.

Bougon, Nasir appuie une épaule contre le mur :
— T'as pas intérêt !
— Madison, Loïc...

Les yeux écarquillés, Nasir tambourine à la porte :
— Rosa, je vais te buter !
— Nasir Adnan Sahade ! Tonne leur mère. Si je t'entends encore parler de malheur....

Avant qu'elle n'ait pu terminer sa menace, Rosarita sort de la salle de bain avec un énorme sourire innocent, le portable tenu lâchement entre ses doigts. Nasir reprend son téléphone mais l'air satisfait de sa sœur confirme ses craintes. Elle a bel et bien envoyé un message à tous ses contacts.
Bougez votre cul, on va au Scream Away fêter le pot de départ de ma vie de moine, lit-il tout haut. Vraiment ? C'est même pas écrit en abrégé, personne ne va croire que c'est de moi.
— Ou alors ils se ficheront de qui a écrit le sms du moment qu'ils vont en boîte...

Nasir passe en revue la potentielle réaction de ses amis... et doit admettre qu'elle n'a pas tort. Note : à l'avenir, se faire des amis qui détestent aller en boîte de nuit. Rosarita disparaît dans sa chambre en clamant qu'elle a besoin d'une demi-heure avant d'être prête et qu'il ferait mieux de ne pas faire la diva. Et malgré son agacement, Nasir se retrouve devant son armoire à scruter ses vêtements avant d'enfiler par dépit le premier jean et le premier haut qui lui passe sous la main.
— Pas mal, le tee-shirt, dit Rosarita lorsqu'il la croise dans la salle de bain.

Il hausse une épaule en s'examinant rapidement dans le miroir. Le tee-shirt bleu marine n'a rien d'exceptionnel si ce n'est que le col est en V et qu'il fait valoir ses épaules larges. Nasir se fait la remarque que le fait que Rosarita lui ait tressé les cheveux n'était peut-être pas qu'un geste affectueux innocent.
— T'avais prévu de sortir depuis le début, hein ? Râle-t-il.

Une lueur espiègle dans le regard, Rosarita lui tire la langue dans le miroir. Elle ne manque pas de culot, celle-là. Lorsqu'elle en a terminé avec la salle de bain, sa sœur empoche ses clefs de voiture et le pousse entre les omoplates vers la sortie avec un enthousiasme qui frôle la frénésie. Dans sa petite clio rouge, Rosarita met la radio et chante à tue-tête, même les chansons qu'elle ne connaît pas. S'il n'était pas d'humeur au début, Nasir se surprend à sourire et à remuer la tête en rythme même quand sa voix atteint des notes que seuls les chiens et les chauves-souris doivent être capables d'entendre.
— Go, go, go !

Le portable de Nasir n'arrête pas de vibrer dans sa poche, des dizaines de messages allant de la perplexité aux émojis enjoués. Résigné à passer une bonne soirée maintenant qu'ils y sont, il pianote dans la conversation groupée que Rosarita a crée avec son message et donne rendez-vous au bar à tous ses contacts. Ils passent les videurs, payent l'entrée et se font engloutir par la musique et par la foule. Rosarita tend la main à l'aveugle derrière elle et Nasir la prend par réflexe pour ne pas la perdre de vue tandis qu'ils se frayent un chemin jusqu'au bar. A destination, sa sœur s'accoude au comptoir et se penche pour parler à la barmaid qui ne sait plus où donner de la tête avec ses nombreux clients.
— C'est blindé ce soir ! Crie-t-elle par dessus la musique.
— C'est Soirée Country ! Répond la barmaid.

Ce qui explique les chemises à carreaux, les bottes de cow-boy, les chapeaux et les notes folks qui s'échappent des enceintes. A l'inverse des autres boîtes de nuits, le Scream Away a l'avantage de proposer de la diversité là où les autres ne distribuent que la house et de la techno.
— Si j'avais su, j'aurais amené mon cheval ! Plaisante Rosarita. On va prendre deux gins !

La barmaid lève les yeux au ciel avec un sourire mi amusé, mi exaspéré, puis s'affaire de plus belle. Ils squattent en survolant du regard les gens sur la piste de danse, certains ont une chorégraphie, d'autres galèrent en copiant leurs mouvements et le reste sautillent dans tous les sens comme des épileptiques caféinomanes. Nasir a bien l'impression qu'ils vont faire partie de la dernière catégorie s'ils se décident à les rejoindre. Une épaule bouscule la sienne et manque de lui faire renverser son verre.
— On vous a cherché pendant des plombes ! Se plaint le nouveau venu.

Blond à lunettes carrées et l'air constamment angoissé, Loïc penche la tête sur le coté en lui serrant la main. Discrètement, Nasir cale son verre contre son torse pour se protéger de la maladresse légendaire de son meilleur ami.
— On n'a pas bougé d'ici ! Rétorque-t-il.

Une petite brune pointe le bout de son nez derrière Loïc, cette dernière croise les bras et lève un sourcil.
— Il dit des conneries, il est resté aux toilettes pendant des heures !
— Madi !
— J'ai du lui tenir la porte parce que le verrou était cassé, un gars a cru que je m'étais trompée de toilettes et quand je lui ai dis que non, je ne m'étais pas trompée, il a cru que j'étais là pour les mater et il m'a filé son numéro.

Loïc pique un fard et marmonne dans sa barbe inexistante. Rosarita cache son rire dans son verre, Nasir ne se donne pas cette peine. En guise de preuve, Madison brandit un bout de papier où un numéro est inscrit en pattes de mouche avec un sourire désabusé.  
— Bon... On va danser ?


D'un même mouvement, ils se tournent vers la piste et se sourient nerveusement à la perspective de se joindre aux autres. Désinvolte, Loïc s'appuie contre le bar :  
— J'ai oublié mon lasso, mais allez-y vous !


Rosarita vole le gin de Nasir pour le boire cul sec.  
— Hey !

Sans l'écouter, sa sœur dépose leurs deux verres vides sur le comptoir, prend son bras et celui de Madison avant de les traîner vers la piste de danse avec un cri de guerre. Nasir ne sait pas ce qu'ils mettent dans le gin, mais il est soudainement content de ne pas avoir bu le verre en entier. Rosarita les emmène au milieu des cow-boys et une fois la sensation de ne pas être à leur place passée, ils finissent par gesticuler sans se soucier du regard des autres. Madison se poste à coté d'un homme affublé d'un énorme chapeau en cuir et plagie chacun de ses gestes sous son sourire indulgent. Rosarita ferme les yeux, lève les bras en l'air et tape des pieds comme une danseuse de claquettes Irlandaise qui se serait égarée au fin fond du Tennessee. Quant à Nasir, il se contente de poser les pieds en rythme sur le sol et de ne bousculer personne. Ce qui relève déjà du miracle.  
— J'ai soif ! Je reviens ! Hurle Rosarita au dessus de la musique.

Nasir hoche la tête et reste pour tenir compagnie à Madison, bien qu'elle soit bien occupée avec son cow-boy. Plongé dans ses pensées, il se perd dans la contemplation des danseurs, dans l'allégresse avec laquelle ils bougent, ses yeux suivent un couple lancé dans un rock endiablé. Certaines personnes semblent avoir fait le déplacement spécialement pour pouvoir pratiquer leur danse favorite parmi les idiots qui pogotent. Tout à ses observations, Nasir ne remarque la personne qui s'approche que lorsque cette dernière se colle contre son dos et pose ses mains sur ses hanches. Surpris, il se décale instinctivement et fait volte face. La silhouette familière le cloue sur place et son estomac gèle en deux secondes.  
— Jack. Qu'est-ce que tu fais là.

Si son attitude n'est pas assez claire, sa voix l'est. Il fut un temps où Nasir aurait été ravi de l'apparition brusque de Jack dans n'importe quel aspect de sa vie, sur son trente-et-un ou même en simple jogging. Autant dire que ce temps est révolu. Loin de se démonter, Jack tapote la poche de son jean :  
— J'ai eut ton message !
— Faux numéro, cingle-t-il.

Nasir fait mine de se détourner mais Jack ne lui en laisse pas l'opportunité et pose une main sur son épaule.  
— Je voulais te parler !  
— Quoi ?! Crie Nasir.

La musique est si forte, il n'a qu'à faire semblant de ne pas l'entendre jusqu'à ce que cet enfoiré s'en aille. Jack ouvre la bouche pour répéter, Nasir le coupe :  
— Je t'entends pas, on passe sous un tunnel !


Les joues de Jack s'empourprent. Leur discussion a crée un cercle sur la piste et fait se tourner Madison qui écarquille les yeux. Nasir lève les siens au ciel et ignore Jack.  
— Si ton père nous a surpris, c'est pas de ma faute !

Les mots le percutent de plein fouet. Estomaqué, Nasir tourne lentement la tête vers lui, à la fois ahuri et amer. Sa réaction a le don de faire reculer Jack d'un pas.  
— Tu te fous de ma gueule là, j'espère ? Raille-t-il. Si y avait que ça ! Dégage avant que je perde patience, retourne baiser le gars avec qui tu m'as trompé et fous moi la paix.

Après l'avoir fusillé du regard, Nasir le toise de la tête aux pieds sans pouvoir retenir une moue dégoûtée et le dépasse pour quitter la piste. Une main le retient encore. S'ils n'étaient pas en public... Nasir l'enverrait valser avec un bon coup de poing dans la mâchoire.  
— Tu me manques, je suis désolé !

Nasir dégage violemment son bras.  
— Et ben pas moi !


Dans un état second, il sent plus qu'il ne voit Madison fendre la foule, sur ses talons. Au bar, Nasir commande un autre verre, brusquement de mauvaise humeur. La main de Madison se pose doucement sur son poignet, il soupire et relève les yeux vers elle.  
— Ça va ? Demande-t-elle.  
— Ouais.  
— Tu veux qu'on s'en aille ?

Nasir regarde par dessus son épaule, impossible d'apercevoir Jack dans cette mer d'inconnus. Il hausse une épaule.  
— Non, on reste. C'est à lui de se casser, dit-il en payant la barmaid.  
— Ok...

Un bras glisse en travers des épaules de Nasir et pendant une seconde il croit que Jack leur a remit le grappin dessus. Puis le parfum de sa sœur lui parvient aux narines et il se détend.  
— Ah, vous êtes là ! Rit-elle. On vous a perdu de vue, qu'est-ce que vous fichiez ?  
— On a croisé Jack et..., commence Madison avant de s'interrompre quand Nasir lui fait les gros yeux en secouant la tête.

A la mention de ce prénom, Rosarita se tend comme un arc, le bras autour de ses épaules disparaît tandis qu'elle scanne les environs, les mâchoires crispées.  
— Où il est ? Gronde-t-elle.  
— Il est parti, la rassure-t-il.

Du moins il espère que Jack s'est fait la malle. Loïc – qui était juste derrière sa sœur – fronce les sourcils, remonte ses lunettes sur son nez et semble le chercher, lui aussi. Du coin de l’œil, Nasir voit Rosarita serrer les poings.  
— Tu veux qu'on lui tombe dessus ?  
— Fais pas ta caïd, si tu lui tapes dessus, tu vas te péter un ongle, se moque-t-il.  
— On fait quoi alors ? Intervient Loïc.  
— Sérieux, les gars, soupire Nasir. On l'ignore !


Loïc fait la moue, Rosarita prend une grande inspiration et Madison grogne :  
— Tu sais, il n'a pas fait du tort qu'à toi.

Perplexe, Nasir prend une gorgée de son verre en le tenant très loin de Loïc et de Rosa pour des raisons différentes et hausse un sourcil :  
— Ah bon ?  
— Déjà, je lui ai dis que j'allais le castrer s'il se tenait pas à carreaux. Comme il a clairement trahi sa promesse, je lui dois un spectacle.  
— Un spectacle, répète Nasir, atone.  
— Casse noisettes, répond Rosarita avec un sourire sadique.  
— Je suis pratiquement sûr qu'il m'a piqué mon DVD de Neverland, me priver de Johnny Depp, si c'est pas un crime ! S'indigne Madison.  
— Et je sais pas encore ce qu'il m'a fait, mais il a bien dû me faire quelque chose aussi avant de me lobotomiser pour que je m'en souvienne plus, babille Loïc.  
— Vous êtes trop cons, rit Nasir.

Avec un soupir à fendre l'âme, Madison admire les danseurs rêveusement :  
— Et il vient de me voler un instant magique avec un cow-boy.

Déterminé, Nasir boit le reste de son gin sous les regards surpris des autres, le repose sur la table avant de prendre la main de Madison.  
— On va le retrouver.


Cette dernière lui lance un sourire éblouissant, Rosarita traîne un Loïc récalcitrant derrière elle en poussant des cris de sioux et Nasir met Jack de coté, bien décidé à profiter de sa soirée.  



Sobre, Madison se plaint qu'elle a mal aux pieds tout le long de la route en les raccompagnant chez eux mais admet que son cow-boy en valait la peine. Après avoir discuté un peu dehors et dit au revoir à leurs deux amis, ils décident de rentrer à la maison. Nasir manque de s'étaler à l'entrée en se prenant le pied dans la barre de seuil. Rosarita est tellement saoule qu'elle doit s'y reprendre à trois fois avant de parvenir à fermer la porte à clef. Morts de rire, ils titubent dans le noir jusqu'à sa chambre en se disant « chuuut » et s'étalent sur son lit, tout habillé. Une main sur le ventre et un sourire aux lèvres, Nasir soupire.  
— On va avoir une de ces gueules de bois, demain, glousse Rosarita.  
— Heureusement qu'on est samedi, dit-il sans réellement articuler.

Enlever ses chaussures lui demande un effort titanesque mais il y arrive en les poussant avec la pointe de ses pieds et remue les orteils en écoutant sa sœur rire toute seule. Contrairement à elle, Nasir n'est pas bourré, juste... agréablement étourdi.  
— Jack te manque pas un peu ? Dit-elle soudainement.

Avec un grognement, Nasir chope un oreiller un peu plus haut pour le mettre sous sa tête.
— Peut-être, et alors ?  
— Il est beau. Et musclé. Et plus petit que toi, s'émerveille Rosa.

Pour la peine, Nasir lui file un coup de pied dans le tibias.  
— La ferme, arrête de te moquer de ma taille, râle-t-il.

Rosarita geint en se tenant la cheville puis bascule sur le flanc, la joue posée au creux de sa paume pour le regarder.  
— T'as raison, c'est un gros con, dit-elle.

Nasir ferme brièvement les yeux et se retient de soupirer.  
— Je suis plus dégoûté que papa m'ait surpris avec quelqu'un qui en valait pas la peine au final.

Un bruit pensif échappe à Rosarita :  
— Mais sans vouloir en rajouter une couche... Lui ou un autre, ça aurait été la même. Sa réaction je veux dire.  
— Ouais, je sais.  
— C'est comme moi avec Manu...


Une pointe de pitié serre le cœur de Nasir en entendant la voix peinée de Rosa.  
— Enfin, je veux dire, reprend-t-elle maladroitement. Quand je l'ai amené, la première chose que papa lui a demandé, c'est s'il était musulman et s'il avait l'intention de se convertir et après tout est parti en...  
— En couille ? Propose Nasir avec un sourire amusé.  
— Ouais, en couille, glousse-t-elle tristement.

Rosa et Manu n'arrêtent pas de casser et de se remettre ensemble depuis sa rencontre avec leur père, si bien que Nasir ne sait même pas dans quelle période ils se situent aujourd'hui. Ensembles ? Séparés ? Toujours est-il que de voir sa sœur amoureuse mais malheureuse le frustre. Il ne peut rien faire pour eux. Rosa râle longuement :
— Je pensais au moins échapper aux clichés raciaux du père qui veut absolument marier sa fille, limite sans son consentement, tu vois ? Enfin, merde, papa était pas comme ça avant, il nous a toujours laissé le choix de tout, du hijab, du jambon, du ramadan, de tout ! Pourquoi est-ce qu'il décide de tout changer maintenant ?

Nasir hausse une épaule. Parce que la plupart du temps, il ne sait pas ce qui se passe dans la tête de leur père, surtout en ce moment.  
— Maman aime bien Manu, dit-il pour la consoler.  
— Ouais...
— Je l'aime bien aussi, il est cool.  
— Attention, grogne-t-elle.  
— Pas mon style de mec, dit-il en levant les yeux au ciel.

Ils se dévisagent dans le blanc des yeux pendant une longue seconde, comme le reflet l'un de l'autre, presque les mêmes interrogations pour des situations différentes.  
— Qu'est-ce qu'on va faire, Nasir ?

Bonne question. Poussé par un élan de volonté, Nasir lève la main et tend son auriculaire à sa soeur. Son geste paraît la surprendre, Rosarita louche en avisant son petit doigt et finit par y emmêler le sien avec une maladresse empruntée à l'alcool. Il attend qu'elle relève les yeux avant de lui sourire.
— On va envoyer chier les autres. On va faire moins gaffe à ce qu'ils veulent et prêter un peu plus attention à ce que nous on veut.

Avec un petit rire, Rosarita se mord les lèvres et serre son petit doigt du sien :  
— Deal.



Le lendemain, Nasir n'a pas la « chance » de profiter de sa gueule de bois monstrueuse très longtemps. Un SMS l'attend sur son portable et le nom qui s'affiche le fait grogner lourdement avant de le regretter quand une pointe de douleur s'infiltre dans son crâne. Les yeux plissés sur son écran et les doigts enroulés autour d'une tasse de café, Nasir débat mentalement sur ses options.
— J'ai l'impression d'avoir avalé dix éponges et qu'un hérisson est en train de s'étirer dans mon cerveau, geint Rosarita, les cheveux en pagaille et la tête entre ses bras.
— Jack m'a envoyé un message, dit Nasir de la même façon.  
— Il devrait avoir capter que tu ne veux plus le voir, ça fait bientôt deux semaines.  
— C'est Jack, rétorque-t-il en haussant une épaule.

Les yeux éclatés, Rosarita lève le menton. Avec un soupir, Nasir repose son téléphone sur la table. Même s'il devrait le bloquer, c'est plus fort que lui, il le reprend et fait défiler le message distraitement. Rosarita tend la main pour lui demander la permission de le lire et il fait glisser le portable vers elle. Au fil de la lecture, les sourcils et le nez de sa sœur se froncent.  
— Vous connaissez autre chose que les abréviations ? C'est illisible ce truc...  
Nasir lève les yeux au ciel. Rosarita le regarde :  
— Il veut te voir, tu vas y aller ?
— Nope.

La porte de la cuisine s'ouvre en grand et leur père traverse la pièce d'un pas lourd. Nasir se redresse, les doigts collés à la céramique de sa tasse et les yeux rivés sur le dos de celui qui ne lui parle plus depuis bientôt un mois. Le regard de Rosarita accroche le sien à l'autre bout de la table, elle hausse un sourcils et s'éclaircit la gorge.  
— Bonjour, papa !  
— Bonjour, ma chérie.

Leur père sourit à Rosarita en cherchant quelque chose dans un tiroir, ses yeux sautent Nasir délibérément, comme s'il n'existait pas. Le soupir de sa sœur le pousse à secouer la tête. Silencieusement, il prononce « laisse tomber ». Mais comme d'habitude, Rosa fait comme elle l'entend.  
— Ça en devient ridicule, papa. Nasir est juste là.  
La fouille du tiroir devient plus frénétique, Nasir grimace en finissant son café et essaye d'ignorer la situation. Jusqu'à ce que Rosarita tape littéralement du poing sur la table :  
— Ya abbi ! Persiste-t-elle.  
Je ne lui dirai rien, je ne lui adresserai plus jamais la parole !

Nasir pâlit lorsque leur père échange le français pour parler en arabe. Dans leur langue maternelle, ses mots prennent un ton définitif qui le fait frissonner. Brusquement, leur père referme le tiroir, se retourne pour s'adresser à Rosa tout en le pointant d'un doigt vindicatif.
Il devrait déjà s'estimer heureux que je ne le mette pas dehors ou que je ne l'envoie pas se marier au bled comme c'était prévu au début !
Comme c'était prévu au début !? S'offusque Rosa.

Assommé par leur débit, Nasir se lève et se met entre eux instinctivement comme chaque fois. Les lèvres de leur père se retroussent sous la rage.  
Venir en France était une erreur ! Ils vous ont mis des bêtises dans la tête et maintenant vous êtes tous corrompus, même votre mère ! Même moi, puisqu'elle m'a convaincu de rester dans ce pays de malheur !


L'adrénaline fait pulser furieusement le cœur de Nasir dans sa poitrine, il recule quand les yeux de leur père se posent enfin sur lui, pleins de haine et de colère.
Alors tu veux coucher avec des hommes et vivre dans le pêché, rien ne t'en empêche, vas-y ! Crache t-il avec sarcasme. Mais ne pense pas pouvoir avoir cette conduite et rester mon fils.

Et sans attendre de réponse, leur père quitte la cuisine en oubliant ce qu'il était venu chercher en premier lieu. Nasir reste scotché sur place, la langue collée à son palet, il n'a rien pu dire ou faire en réponse, trop ahuri. Ses émotions s'emmêlent en nœuds compacts. Sur la table, les mains de Rosa tremblent. Inquiet, Nasir passe au dessus de sa confusion pour se pencher vers elle.  
Ça va ?  
Tu me demandes à moi si ça va ? S'esclaffe Rosarita.

Nasir empoche son téléphone et opine du chef. Si Rosa fait de l'humour, c'est qu'elle va bien. Maintenant qu'il est sûr que sa sœur ne perd pas les pédales, ses pieds retracent le chemin que son père a pris. Sans toquer, il ouvre la porte de la chambre parentale. Abdel Sahade lit le même livre que la veille, l'intrusion dans son antre lui fait relever le nez de sa lecture. Nasir carre les épaules et prend son courage à deux mains.
Pas besoin de me virer de la maison ou de m'envoyer au bled pour me marier, c'est moi qui m'en vais.  
Son père ne cille même pas. Nasir hoche la tête avec résolution avant de tourner les talons. Puis il se ravise.  
Juste pour info, j'étais déjà comme ça au bled. Amir, ça te dit quelque chose ?  
Le gamin qui venait te chercher pour aller jouer au foot.  
Ouais, raille-t-il. Ben on jouait pas au foot.

Le teint livide, son père manque de s’étouffer.  
Honte à toi.  
C'est ça, répond-t-il avec amertume.

Nasir en a assez entendu, il s'en va préparer son sac. L'esprit à moitié embrumé, il sort un grand sac à dos qu'il a gardé de l'époque du lycée et y fourre le plus de vêtements possible. Cinq tee-shirts, une chemise, trois jeans et des sous-vêtements pêle-mêle. L'autre moitié de son esprit pense à ce fameux Amir avec qui il n'a jamais couché, contrairement à ce que doit penser son père. Le cœur qui bat la chamade, Nasir s'arrête deux secondes pour respirer et ferme les paupières. Il se revoit à treize ans accepter une partie de foot avec Amir qui en a quinze, il se souvient des regards appuyés, de la curiosité, d'une poignée de main qui s'attarde, de jeux innocents et de deux baisers maladroit échangés en secret. Il n'en a jamais parlé à personne, pas même à Rosarita qui savait qu'il était pédé bien avant tout le monde. Et voilà qu'avec ses sous-entendus, Nasir a totalement sali le souvenir qu'il garde de son premier flirt.  
Sa langue claque contre son palet.  
Peu importe.  
En retournant à la cuisine avec son sac sur le dos, Rosarita écarquille les yeux, portable à l'oreille, une conversation en cours.  
Manu, je te rappelle tout de suite, ok ? Ok, oui, moi aussi.

Sa sœur raccroche vite et se lève, encore échevelée de sa gueule de bois.  
Je vais aller squatter chez Loïc, l'informe-t-il.  
Mais tu vas revenir à la maison plus tard, hein ?

Nasir grimace. Le visage de Rosarita perd toutes ses couleurs en un clin d’œil, elle se passe une main dans les cheveux, fronce les sourcils puis regarde le téléphone qu'elle a toujours en main.  
Je pense que je vais aller m'exiler chez Manu pour une durée indéterminée...  
Rosa, t'es pas obligée de partir parce que je pars..., dit-il d'une voix coupable.  
Tu déconnes ? J'ai pas oublié la promesse qu'on s'est fait hier ! Maman est ok mais papa est dingue là, sans toi je survivrai pas une seconde ici sans finir à l’hôpital psychiatrique. Attends-moi, j'arrive !


Et c'est ainsi que les deux enfants de Monsieur et Madame Sahade prennent involontairement leur indépendance.








A suivre...





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