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 [Les 100 - UA] Le prince et l'assassin (chapitre 16)

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Maliae
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MessageSujet: [Les 100 - UA] Le prince et l'assassin (chapitre 16)   Jeu 15 Fév 2018 - 12:46

Note : Jonty, pas relu

***

16. Ralentir.

Je ne réussis pas à dormir. Je fis semblant et entendit Jasper quitter la chambre. Quand il ne fut plus là je rallumai la bougie, m’enroulai dans la couverture et réfléchis. Cela me prit toute la nuit. Il fallait que je fasse quelque chose. N’importe quoi. Pour ralentir Jasper. Le connaissant, maintenant qu’il avait décidé de faire de moi son héritier, le contrat serait signé entre nous le soir de notre retour. Le lendemain il serait mort. Je n’arrivais pas à l’accepter. Pas si vite. Pas si tôt. On avait le temps. J’avais eu quelques idées pour freiner le prince, et je devais commencer tout de suite. J’entrai dans la chambre sans frapper. Je m’approchai du lit. La couverture remontée sur son menton, ses longs cheveux retombaient de chaque côté de son visage endormi. Ressemblant à une belle au bois dormant endormie, Harper était gracieuse jusque dans son sommeil. Contrairement au prince à qui il arrivait de baver, de ronfler, et qui dormait toujours dans des positions étranges, les cheveux emmêlés dans tous les sens. Il m’avait fallu faire preuve de malice pour savoir où elle dormait, mais une domestique un peu trop bavarde m’avait montré le chemin.
J’ouvris les rideaux aux fenêtres, laissant passer le début du jour et la faisant cligner des yeux.
- Zoé, tu me lèves trop tôt ce matin, grogna-t-elle.
- Ce n’est pas Zoé, dis-je.
Harper se redressa dans son lit comme si je l’avais piqué.
- Que faites-vous ici ?
- J’ai quelque chose à vous demander.
- Vous avez changé d’avis ? Demanda-t-elle avec espoir.
- Non.
Elle prit l’air déçu un instant puis se leva de son lit, alla jusqu’à sa coiffeuse et me tendit la brosse :
- Coiffez-moi, me demanda-t-elle comme à un simple domestique, je ne vous demanderai que ça.
- C’est à moi de vous demander quelque chose.
- Monty, s’il vous plaît.
Après un soupir agacé, je me mis derrière elle, prit la brosse et la passai dans ses longs cheveux.
- Regardez-nous, ne trouvez-vous pas que nous formons un beau couple ? Demanda-t-elle les yeux fixés sur son miroir.
Je ne vis qu’une jeune fille pleine de beauté être coiffée par un homme exaspéré, la bouche pincée et les sourcils froncés. Mes cheveux semblaient plus noirs que jamais à côté de sa si belle chevelure dorée, qui avait l’air si brillante dans la clarté du petit jour. Mais plutôt que de me donner l’air amoureux, ébahis par ses charmes, je paraissais simplement plus ténébreux encore.
- Je ne pense pas, dis-je.
Elle fit la moue et je reposai la brosse :
- Cessons cette mascarade, ajoutai-je, je voulais vous demander une chose importante.
- Laquelle ?
- Je voudrais que Jasper et moi restions plus longtemps chez vos parents. Un mois de plus peut-être ?
Harper lia ses mains et sourit :
- Vous voyez que vous vous êtes attachés à moi finalement.
- Croyez ce qu’il vous plaira. Pouvez-vous me rendre ce service ?
- Je pourrais vous demander quelque chose en échange, dit-elle en se relevant et en s’approchant de moi.
Je ne bougeai pas, je ne voulais pas me laisser intimider par cette jeune fille et je n’avais pas peur de ses avances. Elles ne m’intéressaient simplement pas. Quand elle leva sa main pour toucher mon visage, je l’arrêtai, resserrant mes doigts autour de son poignet. Pas assez pour lui faire mal, suffisamment pour lui montrer que j’en étais capable.
- Allons, laissez-vous faire si vous voulez…
- Taisez-vous, crachai-je. Arrêtez ce petit jeu avec moi. Je ne suis pas votre pantin !
J’en avais assez de jouer les marionnettes, être celle de ma mère me suffisait amplement.
- Je suis capable de vous casser le poignet en quelques secondes, ajoutai-je, mais j’ai d’autres façons de vous menacer. Sans moi Jasper ne vous aurais jamais pardonné, je peux toujours lui demander de vous punir, ou même en parler à vos parents.
Le visage d’Harper pâlit et elle déglutit.
- Je comprends, dit-elle, je ferai ce que vous me dites. Mes parents vous aiment beaucoup vous et le prince, je suis sûre qu’ils accepterons cette demande.
- Ne dites pas qu’elle vient de moi.
- D’accord. Désirez-vous autre chose ?
- J’aimerais que vous cessiez de me faire des avances. Trouvez-vous quelqu’un d’autres pour vos petits jeux.
- Ce n’est pas un jeu pour moi. Je vous l’ai dit, j’éprouve réellement quelque chose pour vous.
- Vos sentiments ne sont pas réciproques, rétorquai-je.
- Ils pourraient changer.
- Je ne m’intéresse pas à l’amour. Ils ne changeront pas.
- Je pourrais réussi à vous faire changer d’avis quand même.
Je relâchai enfin son poignet et lui tournai le dos :
- Ne vous faites pas d’illusions, quoi que vous fassiez, vous ne m’intéresserez jamais. Faites juste ce que je vous demande si vous ne voulez pas avoir de problème.
Je la quittai ainsi, sans lui laisser le temps d’ajouter quoi que ce soit.

Comme convenu, elle parla à ses parents, qui nous proposèrent de rester un mois de plus. Jasper était sur le point de refuser, je le voyais, mais je pris les devants :
- Nous sommes très heureux de votre demande, le prince et moi-même apprécions beaucoup être ici et je suis sûr que comme moi, le prince sera ravi d’accepter votre proposition.
- Mais… Commença le prince en me regardant sans comprendre.
- N’est-ce pas ? Le coupai-je en le fixant sérieusement.
Il dût peser le pour et le contre, je le vis à sa façon de se balancer d’un pied sur l’autre. Il décida finalement de me suivre :
- Nous acceptons votre proposition, dit-il.
La famille McIntyre parut ravie.
Jasper me prit plus tard à part.
- Pourquoi tu veux rester ?
- J’ai mes raisons, dis-je.
- Je le savais, en fait Harper te plaît c’est ça ?
- Qu’est-ce que vous avez tous les deux ? Elle ne me plaît pas, elle ne me plaira jamais. Je ne m’intéresse pas à l’amour, compris ?
- Alors pourquoi tu veux rester ? Insista Jasper.
- Il paraît qu’il neige souvent dans ces contrés, j’aimerais voir les paysages enneigés d’ici. Voilà tout.
- Rien que ça ?
- Rien que ça.
- Et s’il ne neige pas ?
- Et bien je serai déçu, mais nous aurons passé un moment sympathique en compagnie des McIntyre. Qu’en penses-tu ?
- Il y a une autre raison pour laquelle tu ne veux pas rentrer ?
Je délivrai une demi-vérité :
- Je ne suis pas pressé de revoir Hannah.
Jasper retrouva le sourire et me tapota le dos :
- Pour une fois que tu admets que ta mère est un serpent, s’exclama-t-il.
Ses paroles furent un choc pour moi, il m’aurait mis un coup de poing que je l’aurais moins senti. Je me souvenais encore de comment j’avais imaginé Jasper étant enfant. Cruel, froid, sombre, manipulateur. Un vrai serpent.
Et voilà que soudainement, cette image était transposée sur ma mère. Cruelle, froide, sombre, manipulatrice. Était-ce vraiment elle ? Hannah était-elle réellement comme ça ?
Je secouai la tête :
- Je n’ai pas dit ça. Ma mère est simplement un peu trop possessive. Et je me sens bien ici. Pas toi ?
Le prince acquiesça :
- Puisque tu as tellement envie de rester, nous resterons.
Et il ajouta :
- C’est amusant, j’aurais pensé que tu voudrais que nous rentrions vite pour devenir mon héritier.
Mais je fis comme si je n’avais pas entendu et changeai de sujet. Le prince écrivit plus tard au roi pour le prévenir de la remise de notre départ.

Harper devait avoir compris le message, elle cessa d’essayer de me séduire et se montra plus naturelle. Portant sans problème des pantalons pour monter à cheval où aller se promener, au grand damne de ses parents qui nous demandaient sans cesse de l’excuser. Je l’aimais mieux comme ça. Comme Jasper. Indépendante, un peu je m’en foutisme, loin des conventions de la société. Jasper lui-même ne l’en apprécia que plus, et leur relation devint moins tendue. Elle prit même un tournant quand il se mit à neiger.
Tels des enfants, Harper et Jasper se lancèrent d’énormes boules de neige. Je ne faisais que regarder, emmitouflé dans un long manteau noir, une écharpe autour du cou, des gants couvrant mes mains que j’avais enfouis dans mes poches. J’étais bien tranquille, jusqu’à ce qu’ils décident tous les deux de se liguer contre moi. Me courant tous les deux après sans avoir l’air de vouloir abandonner, ils me lancèrent toute la neige qu’il pouvait ramasser par terre ou sur les arbres, et il y en avait tellement qu’ils n’étaient pas prêts d’en manquer.
Très bien, puisqu’ils voulaient jouer à ça, je me baissai pour attraper de la poudreuse avec mes mains, sans cesser de courir, puis je la transformai en boule bien compact. Je m’arrêtai, me retournai et la lançai de toutes mes forces sur Jasper, le touchant en pleins visage, je me lâchai et levai le point en l’air fièrement, avec un grand sourire. Harper qui allait venger le prince, s’arrêta dans son geste et sa boule de neige tomba par terre. Jasper s’approcha d’elle et lui dit :
- T’as vu comme il est mignon quand il sourit !
Elle hocha la tête et je levai les yeux au ciel, leur lançant de nouvelles boules de neige pour les faire taire.
La bataille s’éternisa sans qu’il n’y ait plus de camps, c’était du chacun pour soi, et je réussi à faire tomber Jasper dans la poudreuse et à le faire rouler :
- Je vais te transformer en bonhomme de neige ! Dis-je.
Il attrapa mon bras pour me faire tomber à mon tour et j’éclatai de rire après m’être retrouvé le nez dans cette masse glaciale. Harper tenta de nous enterrer en nous lançant de la neige, mais nous nous mîmes debout en même temps, le prince et moi, pour l’attraper et la jeter à son tour sur le sol enneigé.
Je me sentais bien. Comme un oiseau délivré de sa cage, un prisonnier délivré de ses chaines, j’avais l’esprits vide, je ne pensais à rien d’autre qu’à courir partout et à m’amuser avec mes amis. Je souriais facilement, je riais sans me retenir, je criais même, je me défoulais. Même quand nous arrêtâmes de nous battre pour créer ensemble un bonhomme de neige je m’amusai comme un fou. Jasper le voulait le plus gros possible.
- Afin de ressembler à votre égo, le taquina Harper.
Il lui tira la langue et nous l’aidâmes à pousser la plus grosse boule possible pour le corps. Notre bonhomme de neige eut un énorme ventre et une toute petite tête, il était difforme et hilarant. Harper le compara une nouvelle fois au prince et Jasper, plutôt que de se vexer, lui fit une couronne avec des ronces.
Le reste de notre séjour fut à l’image de cette journée. Le prince et moi retombâmes en enfance en compagnie de Harper. Pas une seule fois je ne subis l’ombre de ma mère, et j’eus encore moins peur la nuit quand la jeune fille rejoignis nos veillées. S’assurant que Jasper ne s’endorme pas et parte bien avec elle, une fois que je sommeillai.
Nous eûmes beaucoup de fous rire, particulièrement quand Jasper voulu essayer une des robes de Harper :
- Puisque tu mets des pantalons, pourquoi ne pourrais-je point porter des robes ?
- Comme vous voulez majesté, s’amusa-t-elle.
Je devais être étrange, mais en plus de trouver ça drôle, je le trouvais presque attrayant dans ces vêtements. Un peu comme si, peu importe ce qu’il portait, tout lui allait bien. Je secouai la tête pour ne plus y penser, et ris en cœur avec le prince et Harper.
Le mois passa très vite et durant tout ce temps j’avais oublié pour quelles raisons j’avais menacé Harper dans sa chambre, pour quelles raisons j’avais demandé ce délais.
Le dernier soir, il y eut un moment où je me retrouvai en tête avec Harper, et comme elle l’avait fait il y avait un mois, elle tenta la carte de la séduction en s’approchant de moi. Je la repoussai :
- N’avez-vous pas changé d’avis à mon sujet ? Me demanda-t-elle. Ne m’aimez-vous point désormais ?
- Non, répondis-je. Je n’ai pas changé d’avis. Inutile de tenter quoi que ce soit.
Harper se montra déçue et j’ajoutai :
- D’ailleurs je vous préfère quand vous ne tentez pas de me séduire.
Elle se laissa retomber sur son siège en soupirant :
- Quel dommage, fit-elle. Vous étiez un beau parti.
- Vous en trouverez un autre.
- Peut-être devrais-je réellement songer à m’intéresser au prince, dit-elle.
Je tiquai.
- Mais le prince ne s’intéressera pas à toi, lança Jasper qui venait de revenir au même moment.
Harper pencha sa tête sur le côté et rétorqua :
- De toute façon, vous ne valez pas autant que Monty.
- Je n’en doute pas, répondit-il.
- Monty aimerait bien que vous arrêtiez de parler comme s’il n’était pas là, les repris-je.
Ils rirent et nous discutâmes d’autres choses jusque tard dans la nuit.

Ce n’est qu’en voyant le château à travers la vitre du fiacre que je me rappelai ce qui m’attendait là-bas. Les griffes de ma mère. Et pas seulement :
- Je te propose de faire de toi mon héritier rapidement, fit Jasper.
- Pourquoi se presser ?
- Pourquoi ne pas le faire ? Tu es mon meilleur ami, mon garde du corps, tu seras bientôt mon héritier. Que ce soit demain ou plus tard ne change rien.
Pour moi cela changeait absolument tout.
- Tu veux dire que tu vas faire de moi mon héritier comme ça, simplement ?
- Pourquoi pas ?
- Ça ne va pas, dis-je, ce n’est pas ce que je veux.
- Et qu’est-ce que tu veux ?
- Je veux une fête, des musiciens, des danseurs, des amuseurs, tous nos amis, les nobles et la ville réunis, je veux que tout soit parfait.
Jasper leva un sourcil étonné. Je continuai :
- Cela va prendre tellement de temps à mettre en place, un an au moins, peut-être même deux.
- Tu es sûr que c’est ce que tu veux ?
- Oui.
- Je pensais que tu serais impatient.
- Je ne peux pas devenir ton héritier en catimini dans le château, je veux que tout le monde le sache.
Le prince me regarda longuement, jusqu’à ce que le fiacre s’arrête devant le château :
- Très bien. Si c’est ce que tu veux… Dit-il.
- C’est ce que je veux, dis-je.
Repousser ce moment le plus possible.

En apprenant la nouvelle, ma mère déborda de joie. Elle me répéta combien elle m’aimait, combien elle était fière, combien je réalisais toutes ces attentes. Ses mots glissaient sur moi sans m’atteindre.
- Ce ne sera pas tout de suite, dis-je.
- Comment ça ce ne sera pas tout de suite ?
- J’ai demandé à ce que l’on fête cela en grande pompe.
- Et pourquoi faire ? James et Julian ont signé le contrat en présence de peu de témoins et en se contentant d’ensuite beaucoup manger et beaucoup boire.
Ma réponse était toute préparée.
- Parce que je veux que le plus de personne soient au courant, ainsi personne ne pourra contester ma prise de pouvoir.
Elle parut réfléchir et hocha la tête :
- Bien, je comprends, mais pressons les choses veux-tu ?
- Oui mère.
Non.
Non.
Et non.

Les semaines suivantes, je me montrai exécrable. Rien ne convenait. Les invitations n’étaient pas assez belles, les bouquets pas assez fournis, mon costume pas assez bien taillé. Je faisais tout recommencer, provoquant des scènes, faisant pleurer les domestiques, cassant les vases, déchirant les vêtements qu’on m’apportait. J’étais horrible, je le savais, et pourtant les préparations continuaient quand même et je ne pouvais pas tout ralentir. Jasper finit par me prendre à part après une de mes esclandres où j’avais jugés tous les plats préparés pour l’incroyable fête comme parfaitement dégoûtant et inadapté à ce grand jour.
- Je ne te reconnais plus Monty, me dit-il franchement.
Je ne me reconnaissais plus non plus.
- Et pourquoi donc ?
- Pourquoi est-ce que tu fais tout ça ? Tu t’énerves contre tout le monde, tu n’es content de rien, et ça ne te ressemble absolument pas de te donner ainsi en spectacle.
- Je veux que tout soit parfait, grommelai-je.
- Ne peut-on pas simplement signer le contrat maintenant, devant quelques témoins ? Avec nos vêtements et les repas de d’habitude ? Ce serait largement suffisant non ?
- Non ! Aboyai-je.
Le prince s’exaspéra et leva les bras au ciel :
- Monty, on dirait que tu vas te marier ! Ce n’est qu’une formalité, rien de plus.
- Tu n’as pas idée d’à quel point c’est important pour moi ! Criai-je.
Je sentis alors mes joues se mouiller. Devant l’air blafard du prince je compris que quelque chose n’allait pas, je cherchai l’origine du problème et levai les yeux au ciel pour voir si quelque chose coulait du plafond.
- Monty… Murmura-t-il. Mais pourquoi est-ce que tu pleures ?
- Je… Quoi ?
Jasper vint passer ses mains sur mes joues pour les essuyer et je compris que des larmes coulaient de mes yeux. C’était de là que venait l’eau.
- Ce n’est rien, dis-je en le repoussant. Juste la poussière.
Jasper se mordit les lèvres puis abandonna :
- Nous ferons comme tu voudras Monty, puisque c’est si important pour toi.
Je n’en fus pas plus heureux. Parce que ce qui était réellement important pour moi était en train de changer. Ou avait déjà changé depuis longtemps.

Je vécus le reste comme perdu dans un brouillard. J’avais beau essayer de tout ralentir, tout avançait quand même, et moi qui pensais que les préparations prendraient un an voir plus, elles ne durèrent même pas six mois. À peine deux en vérité.
- Demain c’est le grand jour, me dit Jasper.
- Oui.
C’était déjà demain.
- Tu es satisfait ?
Non.
- Oui.
Je ne l’étais pas. Au contraire de ma mère qui ne se sentait plus. Elle était tellement impatiente qu’elle m’avait confié une fiole de poison et m’avait dit :
- Si jamais c’est trop dur pour toi de le tuer à l’épée, contente toi de l’empoisonner.
Pourquoi est-ce que ça aurait dû être dur alors que j’avais été élevé uniquement dans ce but ? Sans doute voulait-elle mettre toutes les chances de son côté. Je l’avais remercié pour la fiole et je l’avais caché dans mes affaires, pensant ne jamais l’utiliser. Je me disais que je ne reculerais pas et que je tuerais Jasper comme son père avait tué le mien, d’un coup d’épée.
Mais je ne serais pas heureux de le faire. Je ne le serais plus.

Avant que j’aille me coucher, Julian demanda à me voir. Il était là exprès pour assister à la signature de notre contrat Jasper et moi, il serait l’un des témoins, avec ma mère et d’autres. Un maximum de gens allait assister à cela de toute façon, personne ne pourrait nier que j’étais désigné comme l’héritier. Je ne savais pas ce que le roi voulait me dire, mais comme à mon habitude je me montrai assez silencieux en face de lui.
- Jasper m’a demandé conseil avant d’accepter de faire de toi son héritier, me dit-il. Avec ce qui est arrivé, il voulait savoir ce que j’en pensais ?
- Et qu’en pensiez-vous ? Demandai-je d’un ton froid.
- C’est moi qui l’ai poussé à accepter.
La surprise m’envahit :
- Pardon ?
- C’est moi qui lui ai dit d’accepter, répéta le roi.
- Mais pourquoi ?
- Parce que je pense que cette place te revient de droit.
Était-il en train de se moquer de moi ? Pourquoi voudrait-il me donner la place d’héritier, alors qu’il était le premier à m’avoir volé la place de prince ? Savait-il que je voulais tuer son fils ? Me testait-il ?
- Je comprends vos réticences à tous les deux, continua-t-il. Parce que c’est ce que tu éprouves n’est-ce pas ? C’est pour ça que tu t’es comporté ainsi, pour ralentir les choses, je me trompe ?
Je ne lui répondis pas mais j’étais glacé à l’intérieur de voir qu’il avait deviné mes intentions.
- Mais l’histoire n’est pas obligée de se répéter, continua-t-il. Perdre mon meilleur ami a été la pire des choses qui me soient arrivés, pire encore que la perte de ma femme ensuite. Mais vous êtes jeunes, vous ne ferez pas les mêmes choses, ni les mêmes erreurs.
Je me sentais mal de ces mots qu’il me disait. Comment pouvait-il dire que perdre mon père avait été horrible pour lui, alors qu’il l’avait tué ? Était-ce une façon de me mettre en garde ? De me dire qu’il éprouvait des remords et que j’en éprouverais aussi si je faisais du mal à son fils chéri ? Comme si je l’ignorais. Je le savais déjà tout ça, mais je n’avais pas le choix, je n’avais aucun choix. Je tuerais Jasper, c’était dans l’ordre des choses et le seul but à mon existence.
- Je ne comprends pas pourquoi vous me dites tout ça.
Le roi me sourit d’un air débonnaire, je me retins de lui cracher dessus.
- Je n’ai pas de plan secret, dit-il, je te dis tout ça pour te rassurer. Tout va bien se passer demain.
Demain votre fils sera mort, tout ne se passera pas bien, pensai-je. Il approcha sa main pour me toucher mais je fis un pas en arrière.
- D’accord, dis-je. Me voilà rassuré, mentis-je.
Puis je m’éloignai.

Cette conversation me perturba beaucoup pendant une grande partie de la nuit. Je n’arrivais pas à la comprendre. Julian avait tué James, pour le pouvoir. Pourquoi pousser Jasper à faire de moi son héritier ? Pourquoi éprouvé des remords ? Pourquoi était-ce la pire chose pour lui que de « perdre » son meilleur ami ?
Et s’il y avait eu une autre histoire ? Une histoire dont j’ignorais tout ? Et si Julian avait été comme moi, le fils d’une femme qui l’avait éduqué dans le seul but de récupérer le pouvoir ?
Plus cette histoire tournait dans ma tête et plus j’avais des doutes. Plus j’avais des doutes et plus je savais qu’il fallait que je retarde encore la cérémonie. J’avais l’impression d’avoir utilisé toutes les idées possibles, et j’ignorais ce que je pouvais faire de plus pour ralentir les choses sans que ça ait l’air suspect. Julian se doutait déjà de quelque chose. Il ne fallait surtout pas que ma mère comprenne mes intentions.
C’est en ouvrant la fenêtre de ma chambre pour prendre un peu l’air que l’idée me vint. Il fallait que je tombe malade, voilà tout.
En tenue de nuit, très peu vêtu et pieds nus, je sortis du château discrètement. Bien que le printemps soit là, les nuits étaient plus que fraiches. J’avançai sur le sol glacé et marchai jusqu’à la plage, sans me préoccuper des petits cailloux qui s’enfonçais sous mes pieds. Une fois devant la mer j’avançai droit devant moi et plongeai dedans. Le froid me prit à la gorge comme une main qui m’étrangla et je faillis ne pas réussir à revenir à la surface de l’eau. Il fallut que je me débatte pour échapper à la torpeur. Je réussis à force d’effort à revenir sur la plage, trempé et transit. J’aspirai une bonne goulée d’air frais et laissai le vent me griffer du bout de ses doigts gelés. Je finis par me relever et reprendre la route vers le château. Un chemin qui me parut bien plus compliqué qu’à l’allé. Je me sentais engourdi, mon corps me paraissait lourd, j’avais mortellement froid. Quand j’arrivai enfin dans le hall du château, je ne me sentis pas plus à l’abris qu’à l’extérieur. Depuis longtemps les cheminées étaient éteintes, et l’endroit me parût aussi glacial qu’à l’extérieur. Je me sentis incapable de faire un pas de plus, incapable de regagner ma chambre. Mes bras serraient mon corps et mes dents claquaient, j’eus un long frisson alors que je commençais à voir flou. Je me sentis tomber sur le sol dur et tout aussi froid que le reste. J’allais mourir. Était-ce ça que je voulais finalement ? Peut-être.
J’allais mourir pour ne pas avoir à tuer Jasper.

À suivre.

_________________
I'm Sexy

Un koala équivaut à deux Sam Rodrick Jonty. (Plus du Galek qui reste haha)
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