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 [Les 100 - UA] Le prince et l'assassin (chapitre 10)

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Maliae
Messages : 1869
Date d'inscription : 30/07/2012

MessageSujet: [Les 100 - UA] Le prince et l'assassin (chapitre 10)   Lun 5 Fév - 19:47

10. Qui a besoin de qui.

J’étais assis sur la banquette les bras croisés, les jambes tendues en avant. Je tournais la gourmette de mon père à mon poignet, les sourcils froncés. Une femme tenta de me prendre le bras en gloussant à mon oreille :
- Détendez-vous monsieur, amusez-vous.
Je la repoussai. Jasper s’approcha de moi en rigolant :
- Détends-toi Monty, là on dirait que tu vas te transformer en grizzli !
Il puait l’alcool, je le fusillai des yeux.
- Oouuuuh, effrayant, s’amusa-t-il.
- Pourquoi m’emmènes-tu dans ce genre d’endroit ?
- Parce que tu dois me suivre partout puisque tu es mon garde du corps, expliqua-t-il.
- Je commence à le regretter !
Cela le fit rire un peu plus mais il cessa de discuter avec moi quand les femmes qui l’entouraient lui tirèrent le bras pour avoir son attention :
- Majesté, laissez donc votre ami grognon et occupez-vous de nous.
- Oh oui Majesté.
Elles lui servirent un nouveau verre et il le but cul sec sous leurs encouragements.

Il disait vrai. J’étais devenu son garde du corps, étant plus fort que tous les gardes du château (et sans doute du royaume entier), Jasper avait demandé à son père de le mettre sous ma protection et le roi avait accepté. C’était d’une telle ironie. Le garde du corps de Jasper était aussi son assassin. Si je passais déjà tout mon temps avec Jasper avant cette « mutation », désormais nous n’étions quasiment plus jamais séparés. Jasper ne pouvait aller nulle part sans moi, et il ne cherchait même pas à me fausser compagnie. Au contraire. J’aurais cependant aimé, qu’il évite de m’emmener dans ce qui s’apparentait à un bordel.
Le prince buvait comme un trou, embrassait ses filles les unes après les autres, me faisait attendre devant une chambre fermée qu’il s’amuse avec l’une ou l’autre. La seule chose qu’il m’épargnait c’était les bruits, ils étaient toujours étrangement silencieux à l’intérieur, et tant mieux. Je n’avais rien à faire là, je n’étais pas à ma place. Plusieurs fois les filles essayaient de me faire boire et de me glisser dans leur lit aussi, mais je repoussai la boisson comme leurs avances. Ça ne m’intéressait pas. Je n’avais pas été élevé pour ce genre de plaisirs.
- Rabat-joie, grommela Jasper quand je le ramenai complètement ivre au château.
Ses cheveux étaient longs maintenant, ils retombaient en dessous de ses épaules et le nœud qui les maintenait d’habitude avait disparu dans les mains d’une des filles. Je me demandais ce qu’elle faisait des nœuds du prince, est-ce qu’elles les gardaient précieusement ? Est-ce qu’elles les revendaient à prix d’or en disant qu’il avait appartenu au prince lui-même ? Est-ce qu’elles les jetaient tout simplement ? Cela ne gênait pas Jasper à qui il suffisait d’attacher ses cheveux avec un nouveau nœud, le lendemain matin.
- Tu ne t’amuuuuses jamais Monty, tu es touuuut tristounet et c’pas drôle.
- Tu es complètement saoul.
- Tu as remarqué, rit-il.
Son père n’ignorait rien des sorties nocturnes de son fils, mais il le laissait faire, il devait considérer qu’il était bon que Jasper s’amuse un peu avec les filles. Qu’il lui faudrait devenir sérieux bien assez tôt. De toute façon, le roi n’était pas assez souvent là pour interdire quoi que ce soit au prince.
Franchement, je voyais plutôt ça comme une fuite de la part de Jasper. Il ne supportait pas son statut de prince, pouvoir boire et jouer avec les filles lui donnaient sans doute l’impression d’être juste un autre poivrot comme les autres. En tout cas, moi, c’était ce que je voyais quand je le ramenais au château, alors qu’il chantait des chansons paillardes à mon oreille.
- Arrête-toi, arrête-toi Monty, je dois vomir !
Je le poussai vers une maison et il régurgita une bonne partie de l’alcool qu’il avait avalé.
- Majesté, votre vomi est merveilleux, marmonnai-je, je ne pouvais pas rêver mieux que d’être votre garde du corps et de vous voir vomir ainsi.
Il éclata de rire, malgré ses hauts le cœur. Il se releva un peu plus tard et je passai à mon nouveau mon bras sous son épaule pour le maintenir et l’aider à marcher :
- Tu aurais dû profiter de Jessica quand tu le pouvais encore, je suis sûr qu’elle en pince grave pour toi.
- Les prostitués n’en pincent pour personne.
- Si si. Elles en pincent parfois. J’en suis sûr.
- Comment peux-tu en être aussi sûr.
- Elles me le disent. Jessica te trouve très mignon. Elle a raison. Je ne connais personne d’aussi mignon que toi.
- Pas même le comte Sterling ?
- Pourquoi tu me parles de ce lèche-botte, couina Jasper. Tu te souviens de sa dernière lettre ?
- Oui.
Il se rependait en nombreux compliments à l’égard du prince, c’était mièvre à mourir, Jasper avait beaucoup ris en me faisant la lecture.
- Je le trouve très mignon, fis-je pour l’embêter.
- Dans ce cas, tu n’as qu’à devenir son garde du corps, bouda Jasper.
- Tu deviens très sensible quand tu as bu.
- Je suis pas sensible ! Et je peux marcher tout seul !
Il me repoussa et tituba jusqu’à ce qu’il s’emmêle les pieds et commence à tomber. Je le retins avant qu’il s’écroule et le remis debout.
- Tu as raison, je devrais peut-être devenir le garde du corps de Sterling, dis-je.
Jasper me fusilla des yeux puis s’accrocha à mon bras :
- Hors de question ! Tu es à moi ! Si tu me trahis, tu finiras ta vie dans les cachots.
Je lui souris. Je comptais bien le trahir, mais pas de la façon dont il le croyait.
- Tu es vraiment complètement saoul.
Je le ramenai au château alors qu’il se remettait à chanter. Dans les couloirs je lui mis la main sur la bouche pour le faire taire et j’allai le coucher dans son lit. Je remontai la couverture sur lui, soufflai sa bougie :
- Dors maintenant, ordonnai-je.
- Oui monsieur Green !
Je levai les yeux au ciel et sortit de sa chambre pour aller me coucher. Jasper ne sortait pas tous les soirs, mais de plus en plus souvent quand même. Qu’est-ce que j’y pouvais s’il aimait boire et avoir des relations sexuelles avec des filles ? Si même son père laissait faire, qu’est-ce que j’aurais pu dire ? Si ça permettait à Jasper de fuir son statut de prince, est-ce que j’aurais dû l’en empêcher ? Cela prouvait juste que j’étais meilleur que lui, voilà tout.

Je continuai à aller voir ma mère tous les matins. J’avais grandis, pas ma mère, désormais elle devait lever un peu la tête pour me regarder dans les yeux, ça ne l’empêchait d’avoir parfois l’impression d’être minuscule face à elle.
- Il parait que ce crétin de prince s’est encore saoulé hier soir.
- Les nouvelles vont vites.
- Il n’est pas discret. C’est bien, plus il perd en crédibilité, plus cela arrange nos affaires.
- Sans doute.
- Et toi comme d’habitude, tu ramasses après lui.
- Je ne comprends pas si vous êtes heureuse de le voir se décrédibiliser, ou furieuse de savoir que je dois ramasser.
Elle attrapa mon menton pour me faire baisser la tête et planta ses ongles dans ma peau :
- Tu es devenu si indiscipliné.
- J’ai grandis, dis-je. Je ne suis plus un enfant.
- Tu es toujours mon fils, cria-t-elle en me giflant. Comment oses-tu me répondre ?
Je préférai me taire. Elle prit de nouveau mon menton :
- Écoute moi Monty, je n’accepterai pas que tu me parles ainsi, et surtout je n’accepterai pas que tu ne prennes pas notre vengeance au sérieux.
- Je prends ça très au sérieux, mère.
- Laisse-le se décrédibiliser, me dit-elle, mais cesse de faire son toutou.
- Son toutou aura bientôt le statut d’héritier, dis-je.
- Il te l’a dit ?
- Non, mais c’est plutôt évident. Qui choisirait-il d’autre à part moi ?
Elle me relâcha enfin pour poser ses mains sur mes épaules :
- Je t’aime fils.
Je hochai la tête et sortit de la chambre.

Le roi étant absent, le château était calme. Jasper se leva tard et se traina jusqu’à la table du petit déjeuner. Il était bien habillé, bien coiffé, mais rien ne pouvait effacer sur son visage le fait qu’il avait mal à la tête.
- J’arrête de boire, marmonna-t-il.
- C’est ce que tu dis à chaque fois.
- Cette fois c’est la bonne Monty.
Il prit son petit déjeuner en ma compagnie et manger lui fit retrouver des forces. Il avait toujours des cours avec les précepteurs, qui lui apprenaient à gérer les finances du royaume et lui faisais signer un tas de papiers, le faisant travailler pour Arkadia et remplacer le roi pendant ses absences. Jasper s’attelait à la tâche en me lançant des regards exaspérés. Quand on le lâcha enfin, il ronchonna :
- J’ai vraiment besoin de boire.
- Tu disais vouloir arrêter.
- Je devais avoir bu, pour dire ça.
Je savais comment lui rendre sa bonne humeur et nous allâmes à cheval jusqu’à la plage. Alphard et moi avions noué un véritable lien et il était le seul cheval en qui j’avais toute confiance, peu importe qu’il soit dur et caractériel. C’était pareil pour Chocolat et Jasper. Nous accrochâmes nos chevaux à un arbre, puis grimpâmes sur la falaise. Jasper fut nu avant moi et se jeta à l’eau sans réfléchir. Je le rejoignis sans tarder.
Nous ne sautions pas souvent de la falaise, seulement quand le climat nous le permettait et quand on avait besoin de nous changer les idées. Les siennes surtout. Les miennes avaient-elles besoin d’être changé ? Je l’ignorais. Le prince tenta de me couler, et finit par y arriver à force d’essai. Je lui fis subir la même chose. Cela le fit beaucoup rire et il m’éclaboussa jusqu’à ce que j’accepte de rire avec lui. Quand nous finîmes de jouer, nous escaladâmes la falaise pour aller se sécher sur le terrain plat. Jasper s’allongea sur le dos, posant sa main sur ses yeux pour se cacher du soleil. Je restai assis à l’observer.
Le prince était musclé des bras mais restait plutôt maigre, son ventre était plat, ses cheveux mouillés paraissaient lisses et plus long que d’habitude, certaines mèches retombaient éparses sur son torse glabre. Sa bouche était étirée dans un sourire, s’étalant sur ses joues rasées chaque jour. Sa main cachait des yeux marrons qui s’éclaircissait avec le soleil. Sa peau était plus pâle que la mienne, mon torse était plus musclé que le sien, mes cheveux étaient aussi court que dans l’enfance, et je souriais rarement. Mais je le trouvais beau, et je comprenais pourquoi il attirait les filles comme des aimants.
Jasper écarta ses doigts pour me regarder et nos yeux se rencontrèrent. Je détournai le regard pour fixer un point devant moi.
- Merci Monty, dit-il.
- De quoi ?
- D’être là pour moi, de savoir comment me remonter le moral et me changer les idées.
- Tu es le pire prince du monde, grommelai-je, il faut bien que je reste à tes côtés ou sinon tu t’enfuirais.
- Alors c’est ça, tu restes pour m’empêcher de m’enfuir ? S’amusa-t-il.
- Je reste parce que j’en ai envie, répondis-je sincèrement.
Le prince s’assit et appuya ses doigts sur mes côtes nues, posant son menton sur mon épaule :
- Monsieur Green vous êtes trop bons, vous savez ça ?
- Oui.
- Si je suis le pire prince du monde, qui serait le meilleur ?
Je tournai les yeux vers lui, nos visages se retrouvèrent très proches l’un de l’autre et je fronçai les sourcils.
- Toi ? Demanda-t-il malicieusement.
Je lui donnai un coup de front.
- Je serais toujours bien meilleur que toi, marmonnai-je avant de me relever pour m’habiller.
- C’est vrai, admit-il, mais je ne pourrais pas être ton garde du corps super mignon. Puisque tu es plus fort que tout le monde. Tu n’aurais absolument pas besoin de moi.
Je restai silencieux tandis que j’enfilais mes bras dans ma chemise, la boutonnant. Jasper se mit devant moi, attrapa les pans de mon vêtement :
- Laisse-moi faire.
- Tu sais boutonner une chemise toi maintenant ?
- Aha, vous êtes hilarant monsieur Green, je me gausse de vos plaisanteries.
- Je ne plaisantais pas.
Il me tira la langue et boutonna correctement mon vêtement.
- J’ai eu des années pour m’entraîner, bien sûr que je sais boutonner une chemise maintenant. Personne ne pourra dire du prince qu’il ne sait pas s’habiller.
- Et tu crois que tu peux devenir mon boutonneur de chemise et que j’aurai besoin de toi ainsi ? Je sais m’habiller seul depuis toujours.
Il soupira.
- Je sais Monty, murmura-t-il d’une toute petite voix. De nous deux, je suis le seul à avoir besoin de toi.
Il accrocha mon dernier bouton et se recula. Jasper attrapa ses habits et commença à partir sans les mettre. Il descendit la falaise jusqu’à la plage, complètement nu et je lui courus après :
- Attend, Jasper, rhabille-toi.
Il faisait chaud, n’importe qui pouvait se rendre à la plage, et n’importe qui s’y était d’ailleurs rendu. Le prince se retrouva nu devant des gens de la ville, tenta tant bien que mal de cacher ses parties intimes avec ses vêtements. Il s’agissait sans doute d’un père et de sa fille, si l’homme écarquilla grand les yeux, la demoiselle se mit à glousser.
- Monsieur, ce ne sont pas des manières, rhabillez-vous !
Ils n’avaient sans doute pas reconnu le prince, et celui-ci s’excusa bêtement, bafouillant et rougissant. Pourtant, il n’avait pas de mal à se déshabiller quand c’était pour des prostitués, non ? Je levai les yeux au ciel et lui vint en aide en me plaçant devant lui.
- Pardonnez mon ami, il n’avait pas vu qu’il y avait du monde sur la plage.
Jasper en profita pour enfiler son pantalon, il se rependit une nouvelle fois en excuses devant le père et sa fille, puis fila décrocher Chocolat de son arbre, grimpa dessus, tenant le reste de ses vêtements avec un bras, de l’autre les rênes, mettant ses pieds nus dans les étriers, il partit au galop. Mon petit prince prenait réellement la fuite.
Je le poursuivis, mais arrivai bien après lui au château. Il avait confié Chocolat à un garçon d’écurie et avait disparu. Je pensais le trouver dans sa chambre, mais il n’y était pas. Pas plus que dans la salle du trône, dans les nombreux salons, ni dans la cuisine, les loges des domestiques, la chambre ou le bureau de son père. Je m’arrêtai devant notre tableau un instant, y vit la marguerite rouge et pensai à un autre endroit.
Je retrouvai le prince dans la serre, assis derrière un bosquet de gerberas. Il avait remis ses vêtements et ses chaussures et regardait les fleurs. Je m’assis à côté de lui.
- Qu’est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il.
- Je suis ton garde du corps, ne l’oublie pas.
- Je suis dans l’enceinte du château, je ne risque rien.
- Si j’étais un assassin, c’est précisément là que je t’attaquerais, là où tu te sens le plus en sécurité.
- Si tu dévoiles tes plans, tu es vraiment nul comme assassin, dit-il.
S’il savait...
Jasper montrait son visage sombre. Apparemment sauter de la falaise n’avait pas suffi, il était de mauvaise humeur aujourd’hui.
- J’aime les fleurs, fis-je.
- Je sais, tu passes beaucoup de temps dans les jardins.
J’attrapai une gerberas et en coupai la tige, puis je me tournai vers le prince pour lui attacher la fleur à l’oreille comme il l’avait fait pour moi il y avait des années, mais Jasper garda sa tête triste.
- C’est grâce à toi, dis-je. Si j’aime les fleurs.
Il leva un sourcil :
- Je me fichais des fleurs avant de te rencontrer. Pour moi ça n’avait aucune utilité dans ma vie. Mais un jour un petit prince m’a demandé ma fleur préférée, et c’est devenu important.
- C’est vraiment grâce à moi ?
- C’est vraiment grâce à toi.
Alors Jasper fit ce qu’il savait faire de mieux, il sourit jusqu’aux oreilles. J’appuyai mes doigts sur sa joue, près de sa bouche :
- Voilà qui est mieux dis-je, ça c’est le prince que je connais et que tu es.
Et le prince que je connaissais et qu’il était me prit dans ses bras comme il adorait le faire.
Puis nous éclatâmes de rire ensemble, en repensant au pauvre homme et à sa fille sur la plage, spectateur malgré eux d’un Jasper complètement nu.

Jasper ne sortit pas boire cette nuit-là, nous restâmes tard au coin du feu pour discuter. C’était surtout lui qui parlait. Je faisais tourner la gourmette à mon poignet en l’écoutant. La voix de Jasper était devenue grave, mais avait des intonations douces et modulés et quand il s’emballait à propos de quelque chose, il avait tendance à monter dans les aigües. Quand je lui répondais, ma voix était basse et tranquille. Il se mit à somnoler à la moitié de ma phrase et je me tus une seconde avant de me lever :
- C’est l’heure d’aller dormir, dis-je.
Il se frotta les yeux et accepta d’aller simplement se coucher. Je rejoignis ma chambre et soufflai tout de suite ma bougie, pensant m’endormir immédiatement. Ce qui ne fut pas le cas. Les ténèbres envahissaient toute la pièce, et j’avais toujours les yeux grands ouverts. Ma mère n’avait pas fait que m’abandonner en forêt. Il y avait un autre souvenir qui remontait à la surface. Je ne sais plus quel âge j’avais, je ne sais plus si c’était avant ou après qu’elle me brûlait le bras. Tout se mélange dans ma tête. Je me rappelle surtout des circonstances. Pike trouvait que je me servais trop de mes yeux et pas assez de mes autres sens, il ne cessait de m’en faire le reproche. Ma mère trouva une idée pour m’apprendre à ne plus compter que sur mes yeux. Elle commença à m’enfermer dans le noir le plus profond. J’avais crié pour sortir, frappant la porte et les murs mais on m’avait ignoré et on m’avait laissé seul. Pour ne pas avoir peur, je comptais dans ma tête. Mes oreilles se focalisaient sur le moindre petit bruit de la maison, et si au début je les détestais, j’en vins au bout de quelques jours à supplier la maison de craquer plus souvent. Quand la porte s’ouvrait et que notre servante m’apportait mes repas, j’en étais soulagé. Je cherchais la moindre petite rai de lumière, sans en trouver, ma mère avait fait en sorte que le couloir reste sombre aussi. La servante posait mon plateau de repas, refermait la porte à clé et s’enfuyait. Je cherchais ma nourriture à tâtons, et mangeais le plus doucement possible. Cela me donnait l’impression d’être encore vivant.
Au début, j’avais tenté de repérer les lieux, en faisant le tour de la pièce, en tâtonnant, en touchant les murs. Le lit était ici, la table, la chaise, la porte. Un fauteuil. Un tapis. Bientôt je pus faire le tour de la pièce en courant sans me cogner à aucun meuble. J’en connaissais la taille exacte, l’emplacement de chacun des objets. Je faisais des allers retours, je tournais en rond. Je faisais mes besoins dans un seau dans la chambre que personne ne songeait à changer, et l’odeur m’accompagnait. Au bout de quelques jours, alors que j’ignorais combien de temps ça faisait, s’il faisait jour ou nuit dehors, j’abandonnai l’idée de bouger. Je m’asseyais ou me couchais, sur le sol, le lit ou le tapis, à attendre que le temps passe. Après avoir cessé de bougé, je me mis à chanter pour entendre quelque chose, pour avoir l’impression que je n’étais pas le seul être humain au monde dans cette pièce toute noire. Mon plateau repas était le seul moment où je rencontrais un autre être vivant que moi. Dès que j’entendais les pas loin dans le couloir, je me tenais prêt à accueillir la servante. Elle ne faisait pas plus de bruit qu’une souris mais je savais immédiatement quand elle arrivait. Je la touchais dans le noir. Sa robe. Ses jambes. Elle criait et le bruit me faisait un bien fou. Elle jetait presque mon plateau, puis m’enfermait à nouveau, et je ramassais la nourriture tombée sur le sol pour la manger.
J’étais en train de gratter mon doigt sur le parquet, en marmonnant des sons incompréhensibles quand j’entendis un bruit différent. Des bruits de pas qui n’étaient pas ceux de la servante. Je reconnus ma mère dans sa façon certaine de marcher. Je me levai, me préparai à la supplier de me laisser sortir. Je n’eus pas besoin de parler.
- Tu vas sortir Monty, m’annonça-t-elle.
J’en fus bouleversé de soulagement. Mais elle s’approcha de moi et me banda les yeux, m’empêchant de voir le monde autour de moi. C’était la seule raison pour laquelle elle me laissait sortir, elle voulait tester mes capacités. Elle me guida à l’extérieur et même si je ne voyais rien, l’air frais me fit me sentir bien, je reprenais vie. Je pouvais supporter de ne rien voir, car je sentais tout le reste. Cependant je ne compris qu’après que Pike m’ait frappé avec son épée, ce qu’on attendait réellement de moi. Je devais éviter les coups sans les voir, je devais les sentir venir. Pike me frappa jusqu’à me faire tomber, sans que je ne puisse lui échapper.
- Tu n’es pas encore prêt, me dit ma mère.
Et elle m’enferma à nouveau. Je la suppliai de ne pas le faire, mais elle ne m’écouta pas.
- Je fais ça pour ton bien et parce que je t’aime.
La porte se referma sur moi et je me retrouvai à nouveau dans l’obscurité.
Comme pour le tisonnier, elle ne mit fin à ce petit jeu que quand je fus capable d’éviter les coups de Pike sans les voir venir. J’avais tellement tellement peur de retourner dans cette pièce obscure, que je faisais de mon mieux à chaque fois que ma mère m’en sortait. Ce qui était difficile au début, devint plus facile au fur à mesure des jours. Être enfermé dans le noir avait réellement développé mes autres sens et je pus au bout d’un moment éviter les coups de Pike. Je ne pensais plus qu’à ça, j’étais obsédé par ça, je devais échapper à mon maître d’arme si je voulais sortir d’ici et ne pas devenir complètement fou. Je finis par y arriver, j’évitai tous les coups. Ma mère et Pike m’applaudirent, et Hannah enleva enfin le bandeau autour de ma tête.
Le jour m’avait brûlé et m’avait fait mal aux yeux, des larmes avaient coulés de mes yeux qui n’étaient plus habitué à tant de lumière. Ma mère ne m’enfermerait plus dans le noir.
La nuit, je gardais donc une bougie allumée près de moi et ne la soufflait qu’au dernier moment.
Cette nuit-là, les ténèbres m’envahirent à nouveau et je me réveillai en hurlant. Il ne fallut pas longtemps à Jasper pour ouvrir la porte de ma chambre. Son ombre se déplaça jusqu’à moi. Cela faisait sept ans que nos chambres étaient côtes à côtes et qu’il connaissait mon secret, et chaque fois qu’il m’avait entendu me réveiller en criant, il avait été là, près de moi, pour me faire penser à autre chose, sans jamais le dire à personne. Il s’installa dans mon lit, serra ses bras autour de moi :
- Je suis là, murmura-t-il.
Puis il se rendormit sur mon épaule.
Jasper pensait que je n’avais pas besoin de lui, mais il se trompait. J’avais besoin de lui plus que de n’importe qui d’autre, parce que grâce à lui j’avais enfin été vivant. Ma mère m’avait appris la force, la tristesse, la douleur, l’abandon, la peur, les ténèbres. Il m’avait apporté la tendresse, la joie, la beauté, les rires, la douceur, et la lumière.
Pourtant je le tuerais quand même, sinon tout ce que j’avais subis pour en arriver là n’aurait aucun sens. Je me vengerais et je serais prince à sa place.
Et il me manquerait le restant de mes jours.

À suivre.

_________________
I'm Sexy

Un koala équivaut à deux Sam Rodrick Jonty. (Plus du Galek qui reste haha)
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