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 [Les 100 - UA] Le prince et l'assassin (chapitre 7)

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Maliae
Messages : 1899
Date d'inscription : 30/07/2012

MessageSujet: [Les 100 - UA] Le prince et l'assassin (chapitre 7)   Ven 2 Fév - 0:06

Note : Jonty, pas relu.

***

7. Comte Sterling.

La comtesse et son fils arrivèrent dans un fiacre qui faisait en tout point penser à celui d’un conte. Des figurines en bois représentant des anges jouant de la trompette se tenait sur le dessus du véhicule, peint en rose et rouge, et dont les roues étaient sertis d’or. Les chevaux qui le tiraient étaient blanc et portaient une couverture de la même couleur que le fiacre. C’était écœurant à regarder, mais Jasper n’y prêta aucune attention et alla caresser les bêtes avant d’aider la comtesse à sortir de son véhicule et à en descendre les marches. Je remarquai que l’accueil qui nous avait été réservé à Hannah et à moi avaient été bien différent, beaucoup plus formel. Et bien sûr, Jasper n’était pas pleins de boue.
Ici peu de domestiques accueillaient la famille Sterling, seulement les plus utiles. Quelqu’un pour s’occuper des chevaux, quelqu’un pour s’occuper des bagages, Becca pour accompagner le prince et le présenter à la comtesse et son fils. Jasper n’en eut pas besoin cependant, puisqu’il se présenta tout seul :
- Je suis le prince Jasper James Jordan, annonça-t-il.
La comtesse lui sourit. Elle ressemblait à une énorme boule rose, sa robe était pleine de froufrou et elle portait un chapeau avec une immense plume sur la tête. Quand elle prit la parole, une petite voix très aigüe sortie de sa bouche :
- Comme vous avez grandis majesté, quand je vous ai vu la première fois vous n’étiez pas plus gros que trois pommes.
- Et bien maintenant, effectivement, une pomme s’est rajoutée, plaisanta le prince.
- Oh non majesté, vous êtes bien plus grand que ça. Laissez-moi vous présenter mon fils de douze ans, Dylan Sterling.
Il s’agissait d’un enfant assez grand, châtain clair presque blond, et aux yeux verts. Il souriait comme si on lui avait épinglé la bouche pour qu’elle ne bouge plus. Ses vêtements étaient plus sobres que ceux de sa mère, en velours verts, il portait tout de même quelques froufrous sur sa veste.
- Enchanté Majesté, fit le fils Sterling avec une petite courbette.
Jasper lui fit un signe de tête puis se tourna vers ma mère et moi.
- Comtesse Ophélie Sterling et comte Dylan Sterling, je tenais aussi à vous présenter quelqu’un. Voici la duchesse Hannah Green et son f…
Le prince ne put finir sa phrase, coupé par la comtesse :
- Oh madame ! Je sais qui vous êtes.
Elle s’agenouilla devant ma mère alors qu’elle ne l’avait pas fait pour le prince. Celui-ci ne se vexa pas et eut un petit sourire.
- La duchesse cherchait un peu de compagnie, expliqua Jasper.
- Je serais ravie de devenir votre amie, s’extasia la comtesse. Vous qui avez été une reine.
Hannah se réchauffa devant tant de complaisance, elle n’aimait rien tant qu’on lui rappelle son statut de reine et qu’on lui fasse des simagrées. La comtesse Sterling avait l’air très douée pour ça puisqu’elle commença à énoncer une liste grande comme sa robe de compliments. Jasper n’en était que plus amusé, alors qu’il aurait dû remettre cette comtesse à sa place en lui rappelant qu’il était le prince désormais.
Sterling s’approcha du prince, et imitant sa mère, il lui fit mille courbettes et autres compliments, devant un Jasper qui ne fit rien pour l’arrêter quand bien même j’étais persuadé qu’il en eut envie. Et je fus complètement oublié.
Jasper conduisit le comte Sterling dans la chambre qu’il occuperait pendant que des domestiques faisaient de même avec sa mère. Ne sachant que faire, ni ou aller, je suivis le prince par curiosité. Où dormirait donc son futur nouvel ami ?
Jasper l’installa plutôt loin de sa chambre et j’en éprouvai une certaine satisfaction. La chambre de Sterling était aussi plus petite que la mienne et moins accueillante.
- Tu dormiras ici, lui dit Jasper. J’ai fait installer ta mère dans la chambre à côté.
- C’est très bien Majesté, j’en suis ravi. Vous avez eu là une très bonne idée.
Il se tourna ensuite vers moi :
- Toi, aide-moi à défaire mes bagages.
- Pardon ?
- Aide-moi à défaire mes bagages, je ne vais tout de même pas demander à notre prince de me rendre ce service.
Non, certes, mais il aurait pu demander aux domestiques. Je me tournai vers Jasper en levant un sourcil, celui-ci souriait comme le pire des idiots et tapota doucement mon épaule.
- Tu l’as entendu, me dit-il, aide-le à défaire ses bagages, puisqu’il te le demande.
Je fronçai les sourcils, refusai poliment et quittai la pièce. J’allai voir ma mère, mais elle était occupée avec la comtesse qui n’avait pas fini de lui dire à quel point elle était merveilleuse et à quel point elle-même, la comtesse Sterling, était heureuse d’avoir le grand honneur de faire sa connaissance. Ma mère souriait. Hannah souriait, au moins était-elle heureuse.

Il s’avéra que le comte et la comtesse Sterling étaient les plus grand lèche-bottes de ce pays. L’un comme l’autre ne cessaient jamais de flatter, même à table pendant les repas – que ma mère prenait désormais avec nous – ils avaient recours à tout un tas de compliments stupides tels que « comme vous mangez bien » « comme vous êtes charmant quand vous tenez cette fourchette ». Ma mère souriait de trouver quelqu’un qui la considérait enfin. En revanche, si Jasper avait été hilare au début, je le sentais qui commençait à perdre patience.
- Majesté, manger en votre compagnie ne fait que rendre les plats biens meilleurs.
- Je te remercie Dylan. N’hésite pas à goûter à tout.
- Je ne prendrai que ce que vous choisissez car je suis sûr de vos goûts.
Jasper écarquilla les yeux et hocha simplement la tête. Tandis que Sterling ne faisait que le regarder, je sentais le prince incapable de manger plus.
Jasper avait annulé momentanément les cours avec ses précepteurs, afin de pouvoir consacrer tout son temps au comte Sterling, mais je le sentais par moment qui regrettait. J’étais le plus souvent avec eux, voulant empêché le comte de gagner l’affection de Jasper mais en vérité je n’avais pas grand-chose à faire. Il était évident que Jasper ne s’attachait aucunement à lui.
- Quel livre lisez-vous majesté ? Je suis sûr que c’est un très bon livre puisque vous l’avez choisi.
- Quel magnifique cheval majesté, ce n’est pas étonnant puisque c’est votre cheval.
- Les jardins sont si bien entretenus, ils sont magnifiques, à votre image majesté.
S’il n’y avait que les compliments, Jasper aurait sans doute pu le supporter, mais Sterling était également hyper prévenant envers lui.
- Laissez-moi vous tenir la porte majesté.
- Oh non n’allez pas par là, vous risqueriez de vous salir, laissez-moi y aller à votre place majesté.
- Majesté ne vous approchez pas trop de la mer, vous allez vous retrouver mouillé.
Jasper souriait, hochait la tête, mais s’il avait pu, il aurait lui-même jeté le comte dans l’eau. Sterling ne s’adressait jamais à moi, il me regardait à peine, et le peu de fois où il me parla c’était pour me demander de faire quelque chose.
- Va nous chercher du thé.
- Pousses-toi du chemin.
- Tiens-moi ça.
J’ignorais évidemment tous ses ordres qu’il n’avait pas à me donner. Je me lassai cependant bien vite de ce petit jeu et arrêtai de suivre le prince. Sterling n’avait absolument aucune chance de séduire Jasper, je n’avais pas de soucis à me faire.
Cela faisait une semaine désormais et je vis beaucoup Hannah, elle sortait bien plus maintenant qu’elle avait de la compagnie. La comtesse papotait sans cesse mais comme toutes ses phrases étaient agrémentées de flatteries, ma mère la laissait faire. De temps à autre, Hannah me faisait un signe de la main quand elle m’apercevait, mais on n’avait plus guère parlé depuis la venue des Sterling.
Je passai mon temps dans la bibliothèque à lire, ou j’allai m’entraîner à l’épée. J’allais dans les jardins discuter avec le jardinier à propos des fleurs ou je passais du temps à l’écurie pour brosser Alphard. Je passais souvent de l’un à l’autre de ces lieux, et c’est alors que je sortais de la bibliothèque que je surpris une conversation entre le prince et Sterling au sujet de notre tableau. Je ne sus pourquoi je restai dans le couloir à les écouter au lieu de me montrer.
- Vous êtes parfaitement représenté majesté, on sent toute votre prestance, et quel maintien vous avez, et votre port de tête, et comme vous avez bonne mine et l’air heureux.
- Je ne suis pas si mal, c’est vrai, répondit Jasper.
- Cependant, je ne comprends pas pourquoi vous n’avez pas été représenté seul sur cette peinture. Le peintre aurait dû faire un portrait de vous uniquement, le prince. Et ne pas le gâcher ainsi.
- Tu trouves ce tableau gâché ?
- Oh non, pas du tout, ce n’est pas ce que je voulais dire. Vous êtes parfait, votre majesté. Je pense simplement qu’il était inutile de peindre ce garçon à côté de vous.
- Ne le trouves-tu pas mignon ?
- Pas du tout.
- Moi si. Ce n’est pas le peintre qui l’a décidé, je voulais absolument qu’il soit peint à mes côtés.
- Puisqu’il s’agissait de vos désirs, je comprends mieux, dit Sterling. Et vous aviez raison, ce garçon à côté de vous rehausse votre valeur. C’est un joli faire valoir.
Un faire-valoir hein ? Était-il possible que Jasper n’ait voulu que j’apparaisse sur ce tableau que pour cette raison ? Je secouai la tête, connaissant le prince, cela me semblait guère possible.
- Non, ce n’est pas un…
- Oh regardez majesté, coupa Sterling qui devait se lasser de cette discussion sur le tableau, comme il fait beau dehors, nous devrions aller faire un tour à cheval. J’ai vu dans vos écuries un Apaloosa magnifique. Bien évidemment puisque vous êtes le prince, vous avec un goût certain pour les chevaux.
- C’est mon père qui les a choisis.
- Le roi, bien évidemment, a un goût certain pour les chevaux. Qu’en pensez-vous ?
- En vérité, l’Apaloosa est déjà monté par quelqu’un, mais tu peux peut-être en monter un autre. Il y a aussi un frison et un pur-sang anglais.
- C’est vous qui décidez majesté, je ferai selon votre bon plaisir.
Je finis par me montrer et dis :
- Il peut monter Alphard s’il en a envie.
Jasper leva un sourcil :
- Tu es sûr ?
- Oui. Ce n’est pas mon cheval.
- Bien sûr que ce n’est pas ton cheval, intervint Sterling. Quelle idiotie. Les chevaux sont au roi et au prince.
- Monty, tu es sûr ?
- Sûr, dis-je.
- Dans ce cas, Dylan tu pourras monter l’Apaloosa.
- Oh merci majesté, votre générosité n’a d’égal que votre bonté.
Je sentis le prince perdre patience et il me jeta un regard d’appel à l’aide que j’ignorai. Je les suivis à l’écurie et quand Jasper se retrouva à côté de moi, je murmurai :
- Alors, ton nouvel ami a l’air de bien se débrouiller, je pense qu’il ne va pas tarder à devenir ton meilleur ami.
Jasper me fit les gros yeux, mais il n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit, déjà Sterling l’accaparait à nouveau.
À dire vrai, je n’avais pas accepté que Sterling puisse monter Alphard par gentillesse, je voulais juste voir comment ce lèche-botte allait se débrouiller avec le cheval au sale caractère. Car si Jasper m’avait aidé à apprivoiser l’Apaloosa, cette bête pouvait se montrer têtu et caractérielle. Le prince me taquinait souvent en me disant que nous nous ressemblions et qu’il avait bien fait de me choisir ce cheval. Enfin, quand il me parlait normalement.
À notre arrivé dans l’écurie, Alphard m’accueillit à sa façon en me donnant un coup de tête. Je le repoussai :
- Alphard, je ne suis pas une carotte !
Jasper eut un vrai sourire, pas de ceux qu’il réservait à Sterling, mais je l’ignorai, comme il l’avait fait pendant des jours.
- Préparez-moi ce cheval, m’ordonna Sterling.
Pour la première fois, j’obtempérai, et je m’occupai d’Alphard. Aujourd’hui, le cheval avait l’air plutôt grincheux, il ne se laissa pas faire facilement et même si j’avais appris à le calmer et à le faire obéir – grâce au prince – je ne le fis pas cette fois-ci. Plus Alphard était grognon et plus il servait mes intérêts.

Quand Sterling voulu monter Alphard, celui-ci s’avança, le faisant trébucher. Le comte sourit au prince :
- Cet Apaloosa a son caractère, majesté, dit-il.
- Tu n’as pas idée, lui répondit Jasper. Habituellement, il est monté par quelqu’un d’aussi bourru que lui, du coup je crois qu’ils s’entendent bien.
Le prince me regarda en disant ses derniers mots. Sterling tenta une nouvelle fois de grimper sur Alphard, qui recommença à s’avancer, l’en empêchant.
- Vous là, me dit Sterling, aidez-moi.
J’allai tenir le cheval pour qu’il puisse grimper dessus, mais je relâchai Alphard une fois que Sterling y fut perché. Jasper monta Chocolat de son côté, la jument était toute calme, tandis que le cheval ne cessait de remuer la tête.
- Peut-être devrais-tu monter un autre cheval, conseilla le prince.
- Je vais très bien maîtriser celui-ci, dit Sterling.
- Comme tu veux.
Jasper se tourna vers moi :
- Tu peux prendre Nesache, si tu veux. Ou un autre.
Imitant Sterling, je fis une courbette :
- Merci Majesté, votre générosité n’a d’égal que votre bonté.
Le prince me fit une énorme grimace, et je sentis mes lèvres s’étirer un tout petit peu. Je me dépêchai de préparer le frison. Nous allions être accompagné par deux gardes en plus du garçon d’écurie et Jasper n’avait pas moyen de fuir.
Nesache était un peu mou, mais c’était une bonne pâte, il se laissait aisément faire et Sterling aurait peut-être dû le monter lui plutôt qu’Alphard avec son sale caractère. C’est vrai, j’aurais pu lui conseiller et ne pas lui laisser mon cheval, mais c’était trop tard maintenant, quel dommage.
Je montai donc Nesache et suivit Chocolat et Alphard. Les gardes et le garçon d’écurie pas loin derrière. Sterling aurait bien voulu continuer de se rependre en compliments, mais Alphard lui donnait du fil à retordre. Le comte ne devait pas monter souvent, ou bien des chevaux super sages, du coup il n’était pas très doué. Alphard voulait sans arrêt aller à gauche ou à droite, s’arrêtait pour manger de l’herbe, secouait la tête l’air énervé.
- Ce cheval est sacrément joueur, fit Sterling, mais parfaitement bien éduqué quand même bien sûr, il s’agit tout de même des chevaux de votre père.
Jasper me tournait le dos, je ne pus donc voir sa réaction, mais je l’imaginais très bien en train de lever un sourcil.
- Il est bien éduqué, dit-il, mais c’est un cheval difficile. Peut-être devrais tu échanger et prendre Nesache.
- J’ai le contrôle, lâcha Sterling.
- Ça se voit, ne pus-je m’empêcher de dire.
Jasper dû se retenir de rire, je le vis crisper ses épaules. Sterling fit l’erreur de se tourner vers moi pour me fusiller du regard, il n’en fallut guère plus à Alphard pour prendre le contrôle de la situation qui se mit à ruer d’un coup, éjectant Sterling de son dos. Le comte atterrit, tant mieux pour lui, dans le caca chaud qu’Alphard avait laissé sur le chemin quelques secondes plus tôt. Jasper descendit immédiatement de Chocolat pour attraper les rênes d’Alphard avec de le retenir. Le cheval essaya de lui donner un coup de tête, mais Jasper le maîtrisa et posant sa main sur son encolure le calma. Je descendis moi-même et Jasper me remis les rênes d’Alphard, pour pouvoir accrocher Chocolat à un arbre. Il alla ensuite se pencher vers Sterling pour être sûr qu’il n’ait rien de cassé.
Les gardes et le garçon d’écurie restaient à l’arrière comme s’ils n’étaient pas concerné parce qu’il se passait. La scène ne concernant pas leur prince, ils ne l’étaient peut-être pas.
- Tu vas bien ?
Sterling se releva tant bien que mal, entier, puant juste la crotte à pleins nez.
- Je vais bien, dit-il.
- Tu devrais rentrer aller te laver et te changer et te reposer aussi.
- C’est ce que je vais faire majesté. Merci de votre sollicitude. Je regrette de devoir mettre si tôt un terme à notre balade.
Voir Sterling continuer ses flatteries alors qu’il était recouvert de merde avait quelque chose de très amusant. Jasper fit signe à un des gardes pour qu’il raccompagne Sterling jusqu’au château et quand le garçon eut fait mille courbette et fut enfin parti, Jasper éclata franchement de rire. Je me rapprochai de lui, tenant toujours Alphard et Nesache.
- Avoue que tu l’as fait exprès, me dit le prince.
- Quoi donc ?
- De lui laisser Alphard.
- Pourquoi l’aurais-je fait exprès ? Il voulait vraiment le monter, je pensais lui faire plaisir.
Jasper repartit de plus belle.
- Tu l’as fait exprès, insista-t-il ensuite, tu n’apprécies pas comment il te parle.
- Tu me penses donc si machiavélique ?
- Un peu parfois.
- Je l’ai fait exprès, admis-je. Je ne pensais pas qu’Alphard irait jusqu’à ruer ceci dit. Je pensais juste qu’il le ferait tourner en bourrique.
Le prince était hilare. Il finit par se reprendre et dire :
- Il n’y a que mon père, toi et moi pour maîtriser Alphard.
- Pourquoi me l’as-tu donné au début ? Est-ce que tu pensais qu’il m’en ferait baver comme Sterling ?
- Non. Je pensais qu’il t’irait bien, c’est tout. Et j’avais raison. Et il t’en a un peu fait baver au début.
- Un peu.
Soudain Jasper s’arrêta de parler, remarquant sans doute qu’il était en train de discuter avec moi normalement, comme avant. Il se mordit les lèvres et se tourna pour aller chercher Chocolat. Je demandai :
- Est-ce que tu m’en veux parce que je t’ai laissé gagner à l’épée ?
- Il y a de ça.
- Est-ce que tu m’en veux parce que j’ai failli te frapper ?
- Non. Rentrons. Je vais tenir Nesache.
Il monta sur Chocolat et me tendis sa main :
- Donne-moi ses rênes.
J’obtempérai. Alphard se comporta mieux avec moi, me laissa grimper sur lui.
- Je ne te laisserai plus gagner, dis-je à Jasper sur le trajet du retour.
- D’accord.
- Pour le reste, je ne sais pas ce que je dois me faire pardonner.
Jasper resta silencieux et je me rembrunis. Mon humeur commençait à être aussi mauvaise que celle d’Alphard.
- Je ne sais pas vraiment non plus, fit le prince.
- Alors pourquoi est-ce qu’on ne se parle plus ?
- On se parle.
- À peine.
- Je suis occupé ces derniers temps, voilà tout.
- Je suis désolé, soupirai-je.
Ces mots avaient été comme des cailloux que je devais faire passer au fond de ma gorge. C’était tellement dur de devoir s’excuser au fils de celui qui avait tué mon père. Pourtant je venais de le faire, je venais de prendre sur moi et de lui dire que j’étais désolé.
- De quoi ?
- De ce pourquoi tu m’en veux.
Jasper finit par dire :
- D’accord. Mais tu dois changer.
- Je dois changer quoi ?
- Ne viens plus à l’entraînement en étant blessé.
- Tu me l’as interdit je te rappelle, tu m’as menacé de me jeter aux cachots.
- Je ne devrais pas avoir à le faire ! S’énerva Jasper.
Alphard n’aima pas le ton qu’il employa et commença à se secouer. Tenant mes rênes d’une main, je posai l’autre sur son encolure pour essayer de le calmer.
- Je ne comprends pas ce que tu veux, dis-je au prince.
Encore une fois c’est son silence qui me répondit. Un peu mesquinement je lâchai alors :
- Mais peut-être préfères-tu passer du temps avec Sterling. Il sait comment te parler de ce que j’ai pu remarquer.
Je le soupçonnai de vouloir partir au galop à la façon dont il bougea ses jambes. Mais il se retint car il tenait toujours les rênes de Nesache.
- Je ne comprends pas pourquoi est-ce si dur pour toi de ne pas venir blessé à l’entrainement, dit-il alors.
- Je ne viendrai plus blessé à l’entraînement.
- Parce que je te menace !
- Parce que tu ne veux pas que je vienne blessé à l’entraînement. Je te promets de ne plus le faire.
- Pourquoi ne prends-tu pas plus soin de toi ?
- Disait celui qui faisait le cochon pendu dans les arbres !
- Ce n’est pas pareil.
- Tu t’es cassé un bras.
- Tu veux que je te fasse la liste de toutes tes blessures depuis que tu es ici ?
- Non. Ça ira. Cette dispute est stupide. Je veux juste que tout redevienne comme avant.
Et j’étais sincère. Jasper me prenait sans arrêt au dépourvu, jouait à des jeux stupides, s’excitait pour pas grand-chose et m’entraînait avec lui, mais c’était mieux que de le voir me parler à peine et être sans arrêt occupé à je ne savais quoi. Il me manquait.
J’arrêtai à nouveau Alphard, laissant Jasper prendre de l’avance, beaucoup d’avance. Qu’est-ce que je foutais ? Qu’est-ce qu’il me prenait ? L’objectif, la mission, le plan, c’était que Jasper me fasse confiance, point barre. Rien à voir avec moi. Pourquoi est-ce qu’il me manquerait ? C’était stupide, d’autant plus que nous vivions dans le même château et que je le voyais déjà trop souvent à mon goût. Mais avais-je le choix hein ? Puisque je devais le charmer alors qu’il n’était pas un serpent. Je secouai la tête et partit au galop sans écouter la réponse de Jasper.

Un autre jour, Jasper proposa à Sterling de se battre à l’épée. Je fus invité à participer à la séance, même si Jasper m’observa longuement, je le rassurai :
- Je ne suis pas blessé, dis-je.
- Bien. Dans ce cas tu peux venir.
La comtesse Sterling, fière de son fils, voulu assister à la séance en compagnie de ma mère. Elles s’assirent donc plus loin sur des chaises qu’on leur avait apportées, afin de pouvoir assister au spectacle. Je prêtai mon épée de bois à Sterling pour qu’il puisse se battre avec Jasper. Le petit prince se donnait à fond bien sûr, et à la façon dont se battait le comte, il était évident qu’il le battrait à plate couture. Sterling tenait mal son épée et ses appuis étaient très mauvais, j’étais persuadé que ça n’échappait pas à Jasper. J’avais hâte de le voir écraser Sterling, mais il n’en eut pas vraiment le temps. Après quelques passes, le comte en très mauvais acteur, fit semblant de s’écrouler au sol et d’avoir été battu par Jasper.
- Vous êtes le meilleur, majesté, je ne peux pas gagner contre vous.
Jasper ne se mit pas à en colère, il ne fit pas non plus semblant de sourire. Je vis la tristesse et la déception se peindre sur son visage. Le prince lâcha son épée de bois.
- C’est vrai Dylan, je suis le meilleur en toute circonstance.
Plus loin la comtesse criait sa joie :
- Majesté, que vous êtes fort !
Je ramassai l’épée au sol :
- Je vais me battre contre vous, comte Sterling.
- Toi ?
Il eut un regard plein de mépris pour ma personne.
- À moins bien sûr que vous ayez peur de perdre ;
- Peur de perdre, moi ? Je m’entraîne avec les meilleurs, il n’y a que le prince lui-même qui peut me vaincre, personne d’autre.
- Mais Monty est vraiment fort, prévint Jasper.
- Je ne doute pas de vos paroles majesté, mais en revanche je pense qu’il est impossible qu’il soit plus fort que moi.
Jasper tourna ses yeux vers moi, et haussa les épaules :
- Si cela te fait plaisir de te mesurer à lui, je n’y vois pas d’objection.
- Merci majesté, vous êtes trop bon.
Le combat ne dura pas longtemps, j’avais déjà pu observer comment se battait Sterling, et en un rien de temps je tapai dans ses jambes pour le faire tomber au sol et mit la pointe de l’épée sous son cou. Sterling se mit à rougir, touché dans son orgueil, il repoussa mon arme et se releva furieux.
- Comment oses-tu misérable ? Ignores-tu que je suis comte ? Toi qui n’es rien du tout, me mettre à terre ainsi, ne sais donc tu pas où est ta place ?
Jasper vint à côté de moi et passa son bras autour de mon épaule :
- Monty n’ignore pas que tu es comte, Dylan. Mais vois-tu, il n’ignore pas non plus où est sa place ?
- Que voulez-vous dire majesté ?
- J’aurais dû le faire à votre arrivé ici et je n’en ai pas eu le temps, je vais donc réparer cette erreur aujourd’hui. Je te présente donc le duc Monty Green, fils de la duchesse Hannah Green.
La bouche de Sterling frôla le sol tellement elle s’ouvrit en grand.
- Tu me demandais pourquoi j’avais choisi d’avoir une peinture avec lui à mes côtés, tu pensais qu’il était mon faire valoir, mais en fait c’est juste qu’il s’agit de mon ami. N’est-ce pas Monty ?
- Oui, dis-je.
Je pris ses mots et son sourire pour une réconciliation. J’aurais voulu être capable de m’en fiche et de n’éprouver aucun soulagement, pourtant j’en ressentis. Ainsi qu’un certains amusements devant un Sterling ébahit qui ne savait plus où se mettre. Sa mère se leva et vint lui tirer l’oreille :
- Comment as-tu osé parler sur ce ton au fils de la duchesse, petit malappris, je t’ai mieux élevé que ça !
- Aïe désolé maman, je l’ignorais, je le prenais pour un domestique.
- Un domestique alors qu’il est duc ! Es-tu devenu complètement fou ?
Jasper et moi observâmes la scène sans rien dire. Hannah restait à sa place, l’air vexé qu’on ait pu me prendre pour un domestique, moi, qui allait devenir prince, puis roi.
Pourtant la situation était plutôt cocasse. Elle aurait au moins pu sourire.
Je tournai mes yeux vers Jasper qui avait du mal à se retenir de rire, et son regard finit par croiser le mien. Je ne sais pas qui a pris la décision en premier, je ne sais même pas ce qui nous as pris à lui et à moi, mais d’un coup, sans vraiment se concerter, il a pris ma main ou bien j’ai pris la sienne et nous avons commencé à courir et à nous enfuir, loin de ma mère, loin des Sterling, loin du château. Juste tous les deux.

Bien sûr, nous courûmes jusqu’à la plage, mais plus loin que d’habitude parce que nous ne voulions pas qu’on nous retrouve. Pas encore, pas tout de suite. Jasper m’emmena jusqu’à la falaise qui bordait la mer et nous grimpâmes les rochers pour arriver en haut sur un terrain plat. Nous nous assîmes au bord pour regarder la mer en dessous de nous.
- Tu as dit à Sterling que j’étais ton ami.
- Tu as dit que tu l’étais.
- Oui.
- Et que tu voulais que les choses redeviennent comme avant.
- Aussi.
- Alors ne te blesse plus.
- Je vais essayer.
- Je ne veux pas avoir à m’inquiéter sans cesse pour toi.
- Tu n’as pas à t’inquiéter pour moi.
- Je m’inquiète quand même.
Je demandai :
- Est-ce à cause de ça alors ? Que tu étais distant ? Parce que tu t’inquiétais ?
- Oui, je pense.
- Je croyais que tu m’en voulais d’avoir failli te frapper.
- Eh bien, au final, tu ne m’as pas frappé. Donc non.
- Tu es vraiment bizarre, dis-je.
- Tu es aussi bizarre que moi, rétorqua-t-il.
Je ne répondis rien. Jasper fixait la mer en dessous de nous et enleva son veston, puis déboutonna sa chemise et la retira à son tour, quand il se leva pour retirer son pantalon je fronçai les sourcils :
- Qu’est-ce que tu fais ?
Il ne me répondit pas et se retrouva bientôt tout nu comme un ver. Alors il se recula et commença à courir, puis sans crier gare, il sauta dans la mer.
J’étais sûr qu’il venait de se tuer.
Je regardai en bas, persuadé que son cadavre allait remonter bientôt à la surface. Sa tête creva bientôt l’étendu d’eau, et il était bien vivant. Il me fit signe en battant des deux mains :
- Viens ! Saute ! Cria-t-il. Tu vas voir, ça fait du bien.
- Et tu me disais que tu t’inquiétais pour moi et que je ne devais pas me blesser, espèce de prince fou.
Cela le fit beaucoup rire :
- Tu ne risques rien, il n’y a pas de rochers par ici et c’est assez profond. Mon père m’a raconté qu’il venait souvent sauter dans le coin. Viens !
- Je ne sauterai pas !
- Allez Monty ! Lâche-toi un peu. Saute !
Je n’allais pas le faire. Je n’étais pas fou. Si je le faisais, je risquais de tomber, me rompre le cou, je me tuerais à coup sûr. Je n’irais pas. Il était hors de question que j’y aille.
J’étais nu avant de comprendre comment c’était arrivé.
Je me sentis reculer et courir comme un fou avant de sauter à mon tour. J’eus l’impression de voler pendant un quart de secondes, puis la gravité reprit ses droits et je tombai droit vers la mer. J’allais mourir et je n’avais même pas peur, au contraire, j’avais l’impression d’être complètement libre et c’était enivrant. Je fus sous l’eau avant d’avoir le temps de m’en rendre compte, emprisonné par le froid de la mer, je me laissai tiré vers le fond. Quelle sensation agréable que de se retrouver ainsi happé par les flots, ici je n’entendais que le silence, je ne voyais que le fond de l’eau. Je me sentais affranchi de tout. Je battis des bras pour retourner à la surface. Jasper se retrouva en face de moi, tout sourire :
- Alors ? Ça t’a fait du bien ?
Je ne compris pas ce qu’il m’arriva alors. Il y eut quelque chose qui me gratta la gorge, et j’ouvris grand la bouche et un son étrange en sortit. Je n’arrivais pas à le contrôler et ça sortit de moi tout seul, et il me fallut quelques secondes avant de comprendre ce qu’il se passait, d’analyser le bruit qui sortait de ma bouche. J’étais en train de rire. Je n’avais jamais ris, ou bien si j’ai ris j’étais trop petit pour m’en souvenir. Je n’avais jamais ris et voilà que je riais tout à coup. Et au lieu de le ravaler, au lieu de me contenir, alors que Jasper me regardait avec yeux tout ronds, je me lâchai complètement, et rit aux éclats. Bientôt accompagné du prince.
Avant de venir ici, j’avais prévu que la tâche serait difficile, je pensais qu’il me faudrait du temps pour transpercer la carapace de Jasper. Mais jamais je n’aurais cru possible que ce soit lui qui transpercerait la mienne. Rendant la tâche plus difficile encore…

À suivre.

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Un koala équivaut à deux Sam Rodrick Jonty. (Plus du Galek qui reste haha)
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[Les 100 - UA] Le prince et l'assassin (chapitre 7)
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